L'esprit sportif
Maintenant que l'équipe de football du Dynamo est rentrée dans son pays, il est enfin possible de déclarer publiquement ce que beaucoup de gens raisonnables déclaraient en privé avant même son arrivée (1).
A savoir que le sport est une source inépuisable d'animosité et que si une telle visite avait eu un effet quelconque sur les relations anglo-soviétiques, ce ne pouvait être que de les rendre un peu plus mauvaises.
La presse elle-même n'a pu dissimuler le fait qu'au moins deux des quatre matchs disputés avaient suscité beaucoup d'animosité. Au cours du match contre Arsenal, d'après ce que m'a dit un spectateur, deux joueurs, un Britannique et un Russe, en sont venus aux mains et la foule a hué l'arbitre. On m'a également rapporté que le match de Glasgow n'avait été, du
début à la fin qu'une mêlée. Et il y a eu aussi cette controverse typique de notre époque de nationalisme, sur la composition de l'équipe d'Arsenal. Était-ce vraiment une équipe
nationale comme l'affirmaient les Russes, ou simplement un club de championnat, comme le soutenaient les Britanniques ? Et est-il vrai que l'équipe du Dynamo a brusquement interrompu sa tournée pour éviter de rencontrer une véritable formation nationale ? Comme d'habitude, chacun répond à ces questions en fonction de ses préférences politiques. Il y a cependant des exceptions. J'ai remarqué avec intérêt, comme une parfaite illustration des passions malsaines suscitées par le football, que le correspondant sportif du russophile News Chronicle avait adopté une ligne antirusse et soutenu qu'Arsenal n'était pas une formation nationale. I1 est certain que cette controverse se prolongera des années durant dans les notes en bas de pages des livres d'histoire. En attendant, le résultat de la tournée du Dynamo, si l’on peut parler de résultat, aura été de créer de part et d'autre un regain d'animosité.
Et comment pouvait-il en être autrement ? Je suis toujours stupéfait d'entendre des gens déclarer que le sport favorise l'amitié entre les peuples, et que si seulement les gens ordinaires du monde entier pouvaient se rencontrer sur les terrains de football ou du cricket, ils perdraient toute envie de s'affronter sur les champs de batailIe. Même si plusieurs exemples concrets (tels que les jeux olympiques de 1936) ne démontraient pas que les rencontres sportives internationales sont l'occasion d'orgies de haine, cette conclusion pourrait être aisément déduite de quelques principes généraux.
Presque tous les sports pratiqués à notre époque sont des sports de compétition. On joue pour gagner, et le jeu n'a guère de sens si l'on ne fait pas tout son possible pour l'emporter. Sur la pelouse du village, où l'on forme les équipes et où aucun sentiment de patriotisme local n'entre en jeu, il est possible de jouer simplement pour s'amuser et prendre de l'exercice : mais dès que le prestige est en jeu, dès qu'on commence à craindre de se couvrir de honte soi-même, son équipe, et tout ce qu'elle représente si l'on est perdant, l'agressivité la plus primitive prend le dessus. Quiconque a participé ne serait-ce qu'à un match de football à l'école le sait bien. Au niveau international le sport est ouvertement un simulacre de guerre. Cependant ce qui est très révélateur, ce n'est pas tant le comportement des joueurs que celui des spectateurs ; et, derrière ceux-ci, des peuples qui se mettent en furie à l'occasion de ces absurdes affrontements et croient sérieusement - du moins l'espace d’un moment - que courir, sauter et taper dans un ballon sont des activités où s'illustrent les vertus nationales.
Même un jeu exigeant peu d'efforts comme le cricket, qui demande plus d'habileté que de force, peut engendrer une grande hostilité, comme on l'a vu à l'occasion de la polémique sur le body-line bowling (2). et sur le jeu brutal de l'équipe d'Australie lors de sa tournée en Angleterre, en 1921. Mais c'est bien pire encore lorsqu'il s'agit de football : dans ce sport, chacun prend des coups et chaque nation possède un style de jeu qui lui est propre et qui parait toujours déloyal aux étrangers. Le pire de tous les sports est la boxe : un combat entre un boxeur blanc et son adversaire noir devant un public mixte est un des spectacle les plus répugnants qui soient au monde. Mais le public de matchs de boxe est toujours répugnant, et le comportement de femmes, en particulier, est tel qu'à ma connaissance l'armée ne leur permet pas d'assister aux rencontres qu'elle organise. En tout cas, il y a deux ou trois ans, à l'occasion d'un tournoi de boxe auquel participaient la Home Guard et l'armée régulière on m'avait posté à la porte de la salle avec la consigne de ne pas laisser entrer les femmes.
En Angleterre, l'obsession du sport fait des ravages, mais des passions plus féroces encore se déchaînent dans des pays plus jeunes où le sport et le nationalisme sont eux-mêmes des phénomènes récents. Dans des pays comme l'Inde ou la Birmanie de solides cordons de police doivent être mis en place, lors des matchs de football, pour empêcher la foule d'envahir le terrain. En Birmanie, j'ai vu les supporters d'une des équipes déborder la police et mettre le gardien de but de l'équipe adverse hors de combat à un moment critique. Le premier grand match de football disputé en Espagne il y a une quinzaine d'années a été l'occasion d'une émeute impossible à maitriser. Dès lors que l'on suscite un violent sentiment de rivalité, l'idée même de jouer selon les règles devient caduque. Les gens veulent voir un des adversaires
porté en triomphe et l'autre humilié, et ils oublient qu'une victoire obtenue en trichant ou parce que la foule est intervenue n'a aucun sens. Même lorsque les spectateurs n'interviennent pas physiquement, ils tentent au moins d'influencer le jeu en acclamant leur camp et en déstabilisant les joueurs adverses par des huées et des insultes. A un certain niveau, le sport n'a plus rien à voir avec le fair-play. Il met en jeu la haine, la jalousie, la forfanterie, le mépris de toutes les règles et le plaisir sadique que procure le spectacle de la violence : en d'autres termes, ce n'est plus qu'une guerre sans coups de feu.
Au lieu de disserter sur la rivalité saine et loyale des terrains de football et sur la contribution remarquable des Jeux olympiques à l'amitié entre les peuples, il faudrait plutôt se demander comment et pourquoi ce culte moderne du sport est apparu. La plupart des sports que nous pratiquons aujourd'hui sont d'origine ancienne, mais il ne semble pas que le sport ait été pris très au sérieux entre l'époque romaine et le XIX siècle. Même dans les public school britanniques, le culte du sport ne s'est implanté qu'a la fin du siècle dernier. Le Dr Arnold, généralement considéré comme le fondateur de la public school moderne, tenait le sport pour une perte de temps pure et simple' Par la suite, le sport est devenu, notamment en Angleterre et aux États-Unis, une activité drainant d'importants capitaux, pouvant attirer des foules immenses et éveiller des passions brutales, et le virus s'est propagé d'un pays à l'autre. Ce sont les sports les plus violemment combatifs, le football et la boxe, qui se sont le plus largement répandus. Il ne fait aucun doute que ce phénomène est lié à la montée du nationalisme - c'est-à-dire à cette folie moderne qui consiste à s'identifier à de vastes entités de pouvoir et à considérer toutes choses en termes de prestige compétitif. En outre, le sport organisé a plus de chances de prospérer dans les communautés urbaines où l'individu moyen mène une existence sédentaire, ou du moins confinée, et a peu d'occasions de s'accomplir dans son activité. Dans une communauté rurale, un garçon ou un jeune homme dépense son surplus d'énergie en marchant, en nageant, en lançant des boules de neige, en grimpant aux arbres, en montant à cheval et en pratiquant des sports où c'est envers les animaux qu'on se montre cruel, tels que la pêche, les combats de coqs et la chasse des rats au furet. Dans une grande ville, il faut participer à des activités de groupe si l'on recherche un exutoire à sa force physique ou à ses instincts sadiques. L'importance qu'on attache au sport à Londres et à New York évoque celle qu'on lui accordait à Rome et à Byzance, au Moyen Age en revanche, sa pratique, qui s'accompagnait sans doute d'une grande brutalité physique, n'avait rien à voir avec la politique et ne déclenchait pas de haines collectives.
Si l'on souhaitait enrichir le vaste fonds d'animosité qui existe aujourd'hui dans le monde, on pourrait difficilement faire mieux que d'orgarniser une série de matchs de football entre juifs et Arabes, Allemands et Tchèques, Indiens et Britanniques, Russes et Polonais, Italiens et Yougoslaves, en réunissant chaque fois un public de cent mille spectateurs, composé de supporters des deux camps. Bien entendu, je ne veux pas dire par là que le sport soit l'une des causes principales des rivalités internationales ; je pense que le sport à grande échelle n'est lui-même qu'un effet parmi d'autres des causes qui ont engendré le nationalisme. Cependant il est certain qu'on n'arrange rien en envoyant une équipe de onze hommes, étiquetés comme champions nationaux, combattre une équipe rivale, et en accréditant l'idée que la nation vaincue, quelle qu'elle soit, « perdra la face ».
J'espère donc que nous ne donnerons pas suite à cette visite du Dynamo et que nous n'enverrons pas d'équipe britannique en URSS. Si l'on ne peut faire autrement, envoyons une équipe de second ordre qui ait toutes les chances d'être battue et qui ne puisse prétendre représenter toute la Grande-Bretagne. Il y a déjà bien assez de causes réelles de conflits sans qu'il soit nécessaire d'en créer de nouvelles en encourageant des jeunes gens à se flanquer des coups de pied dans les tibias sous les clameurs de spectateurs en furie.
La Tribune, 14 décembre 1945
.(1)-Le Dynamo de Moscou, équipe de football russe, a effectué en 1945 une tournée en Grande-Bretagne et rencontré les principaux clubs de football britanniques)
(2)-Pratique (aujourd'hui interdite) consistant à lancer la balle d'une manière dangereuse pour le gardien de guichet. ( N.D.T.)
vendredi 4 avril 2008
Georges Orwell à propos du sport
vendredi 21 mars 2008
Dignité et Commerce (Elisée Reclus)
Elysée Reclus s’exprime ainsi dans son ouvrage « L’Homme et la Terre » tome 6 pages 360 et suivantes :
… l’évolution du commerce depuis les premiers ages nous montre de singuliers contrastes. Il commence par être honni : ce fut une honte de trafiquer, et maintenant c’est la gloire par excellence….
… le principe du commerce étant par sa nature même, égoïste,personnel, insoucieux de tout intérêt étranger,…il en résulte que, de nos jours encore, l’opinion publique et les lois officielles respectent le malheureux qui cherche dans le crime, dans l’avilissement systématique d’autrui, les éléments de sa fortune…
… c’est principalement quand il s’agit de races dites « inférieures » que le commerce se gène peu pour procéder à de fructueuses tueries….
…Non seulement le commerce, dans la pratique ordinaire, est mensonge et fraude, mais aussi, par l’ignoble réclame, le commerce est inutilité, obsession et laideur….
… Actuellement, dans chaque pays, le chiffre des transactions commerciales est pris comme étalon de la prospérité. Le point de vue contraire serait plus logique : mieux le sol est utilisé par les habitants, moins devient la necessité de faire voyager les denrées….
…Au lieu de considérer le commerce comme un fétiche, il y a lieu, pour chaque groupe humain, d’étudier quelle serait la meilleure application des forces naturelles dont il dispose et de sa propre activité, puis de les répartir avec sagacité entre l’agriculture, l’industrie et le commerce…
dimanche 27 janvier 2008
ACTUEL MARX
LA MORALE DE KARL MARX
Guerre de 1870 :
Chargé par l’Association Internationale des Travailleurs de rédiger et de diffuser un Manifeste contre la Guerre , destiné aux classes ouvrières de France, d’Allemagne, d’Angleterre et des Etats Unis,
Marx, le 20 juillet 1870 écrit à Engels (1):
« ..Je t’envoie « Le Réveil » ; tu y verras l’article du vieux Delescluse ; c’est du plus pur chauvinisme. La France est le seul pays de l’Idée….. ( c’est à dire de l’idée qu’elle se fait d’elle même…) . Les français ont besoin d’être rossés. Si les Prussiens sont victorieux, la centralisation du pouvoir de l’Etat sera utile à la centralisation de la classe ouvrière allemande. La prépondérance allemande, en outre, transportera le centre de gravité du mouvement ouvrier européen de France en Allemagne.. »
Marx ajoute :
« ..La prépondérance, sur le théâtre du Monde du prolétariat allemand sur le prolétariat français serait en même temps la prépondérance de notre théorie sur celle de Proudhon. »
Le « réalisme » des deux compères s’accorde bien , la fin justifiant les moyens, au souhait qu’ils font de la victoire de Bismarck. Engels réplique à Marx le 31 juillet (2) :
« Ma confiance dans la force militaire croit chaque jour. C’est nous qui avons gagné la première bataille sérieuse…il serait absurde de faire de l’ anti- Bismarckisme notre seul principe directeur. Bismarck, en ce moment, comme en 1866, travaille pour nous, à sa façon… »
Auparavant, le 27 juillet 1869, (3) Marx, craignant que Bakounine ne le supplante dans la direction du Mouvement ouvrier international, écrit à Engels :
« Ce russe, cela est clair, veut devenir le dictateur du Mouvement ouvrier européen. Qu’il prenne garde à lui. Sinon, il sera officiellement excommunié. »
Et Engels lui répond : « Si ce maudit russe cherche réellement à se placer, il est grand temps de le mettre hors d’état de nuire. »
PROUDHON ET MARX
Proudhon était mort cinq années plus tôt, en 1865. Mais ses idées et sa morale (il l’appelait sa Justice) inspiraient l’idéal et l’action du mouvement ouvrier , en France et au delà. Marx ne pouvait le supporter. Vingt années plis tôt, Marx avait tenté de circonvenir Proudhon en lui proposant d’être « son » correspondant français dans l’organisation internationale des travailleurs dont il se considérait comme le chef. Dans un post-scriptum, Marx mettait déjà en lumière sa morale. .En concurrence avec un groupe de penseurs allemands
réfugiés à Paris, il n’hésitait pas à faire dans la délation .
Il écrit (4): :
« Je vous dénonce ici Monsieur Grun à Paris. Cet homme n’est qu’un chevalier d’industrie littéraire, une espèce de charlatan qui voudrait faire le commerce d’idées modernes. Il tache de cacher son ignorance sous des phrases pompeuses et arrogantes mais il n’est parvenu qu’à se rendre ridicule par son galimatias . De plus cet homme est dangereux ; Il abuse de la connaissance qu’il a établie avec des auteurs de renom grâce à son impertinence, pour s’en faire un piédestal et les compromettre ainsi vis à vis du public allemand. Dans son livre sur les socialistes français, il ose s’appeler le professeur de Proudhon et prétend lui avoir dévoilé les axiomes importants de la science allemande, et blague sur ses écrits. Gardez vous de ce parasite. Peut être vous parlerais je plus tard de cet individu. ».
La réponse de Proudhon sur ce point, devant le comportement de dénonciateur calomnieux de Marx, est pleine d’ironie doucereuse sous laquelle se cache une sévère leçon de morale.
Il écrit : (5)
« je regrette sincèrement les petites divisions, qui, à ce qu’il paraît existent déjà dans le socialisme allemand, et dont vos plaintes contre Monsieur Grun m’offrent la preuve. Je crains bien que vous ayez vu cet écrivain sous un jour faux. J’en appelle, mon cher monsieur Marx, à votre sens rassis……….Ce que je sais et que j’estime…, c’est que je dois à Monsieur Grun ainsi qu’à mon ami Ewerbeck la connaissance que j’ai de vos écrits, mon cher monsieur Marx… Enfin Grunb et Ewerbeck travaillent à entretenir le feu sacré chez les allemands qui résident à Paris, et la déférence qu’ont pour ces Messieurs, les ouvriers qui les consultent me semble un sur garant de la droiture de leurs intentions. Je vous verrais, avec plaisir, mon cher monsieur Marx, revenir d’un jugement produit par un instant d’irritation ; car vous étiez en colère lorsque vous m’avez écrit.
Grun m’a témoigné le désir de traduire mon livre actuel ; j’ai compris que cette traduction, précédant tout autre, lui procurerait quelque secours ; je vous serais donc obligé, ainsi qu’à vos amis, non pas pour moi mais pour lui, de lui prêter assistance dans cette occasion, en contribuant à la vente d’un écrit qui pourrait sans doute, avec votre secours, lui donner plus de profit qu’à moi. Si vous vouliez me donner l’assurance de votre concours, mon cher monsieur Marx, j’enverrais incessamment mes épreuves à monsieur Grun, et je crois, nonobstant vos griefs personnels, dont je ne veux pas me constituer le juge, que cette conduite nous ferait honneur à tous…. »
Mais avant de donner cette leçon de morale à Marx, Proudhon avait souligné l’outrecuidance qu’il y avait de la part de Marx à fixer, sous son contrôle, les éléments d’une « Economie socialiste » encore balbutiante. Il écrit en réponse à Marx, dans cette même lettre du 17 mai 1846 :
« …D’abord, quoique mes idées en fait d’organisation et de réalisation soient en ce moment, tout à fait arrêtées, au moins pour ce qui regarde les principes, je crois qu’il est de mon devoir, qu’il est du devoir de tout socialiste, de conserver pour quelque temps encore la forme antique où dubitative. En un mot, je fais profession, avec le public d’un anti- dogmatisme économique presque absolu.. Cherchons ensemble, si vous voulez, les lois de la Société, le mode dont ces lois se réalisent, le progrès suivant lequel nous parvenons à les découvrir ; mais, pour Dieu, après avoir démoli tous les dogmatismes a priori, ne songeons pas, à notre tour, à endoctriner le peuple. Ne tombons pas dans la contradiction de votre compatriote Martin Luther, qui après avoir renversé la théologie catholique, se mit aussitôt, à grands renforts d’excommunications et d’anathèmes à fonder une théologie protestante. Depuis trois siècles l’Allemagne n’est occupée que de détruire le replâtrage de M Luther ; Ne taillons pas au genre humain une nouvelle besogne par de nouveaux gâchis….Faisons nous une bonne et loyale polémique ; donnons au Monde l’exemple d’une tolérance savante et prévoyante, mais parce que nous sommes à la tête du mouvement, ne nous faisons pas les chefs d’une nouvelle religion ; cette religion fut elle la religion de la logique, la religion de la raison. Accueillons, encourageons toutes les protestations ; flétrissons toutes les exclusions, tous les mysticismes ; ne regardons jamais une question comme épuisée, et quand nous aurons usé jusqu’à notre dernier argument, recommençons s’il faut, avec plaisir dans votre association, sinon, Non……. »
Commentaire :
Si j’ai choisi de revenir sur cet échange entre deux « pères fondateurs », l’un du Socialisme autoritaire, l’autre du Socialisme libertaire et plus exactement de l’Anarchie et du Fédéralisme anarchiste , c’est que cette correspondance illustre l’opposition radicale qui existe entre les deux visions d’une Société plus juste, d’une morale servant de fondement à l’action , d’une philosophie du Pouvoir et de l’Individu.
Certes, il s’agit aussi d’une rivalité entre deux hommes à forte personnalité, conscients de leur influence dans le Mouvement ouvrier de l’époque, mais , même si la forme des deux lettres échangées est « diplomatique », il ne peut y avoir de « compromis », de « petits arrangements » sur le fond.
Et la controverse engagée alors est toujours aujourd’hui, illustrée par 150 années d’Histoire, au centre des réflexions sur ce que pourrait être une organisation de la Société et de l’Economie sortant du Capitalisme oppressif des organisations gigantesques des Multinationale de la finance , de la production et du commerce et mettant hors d’état de nuire les oligarchies militaro étatiques à leur service , qui imposent aux populations du Monde comme une fatalité irréversible leur loi de la jungle .
Quelles oppositions radicales peut on déceler dans ces deux missives, oppositions toujours actuelles.
1 Faire nombre.
Marx propose à Proudhon d’être son « correspondant » sans expliciter aucun des éléments de sa vision du Socialisme, comme si l’affaire allait de soi. Il ne semble préoccupé que de l’aspect « recrutement » pour la diffusion de ses idées, l’ « endoctrinement », et l’accroissement du nombre d’adhérents à son Association.
Proudhon lui répond qu’avant de se lancer dans la propagande et la recherche d’adhérents, il faut un sérieux travail de préparation quant à ce qu’on entend par « Socialisme » ; Dans ce but toutes les propositions doivent être acceptées, passées au crible de la critique , y compris dans le cadre d’une « polémique franche et loyale »
Ce souci de faire du chiffre, de jouer les sergents recruteurs sans se préoccuper de pédagogie, de faire nombre en jouant sur « l’autorité d’entraînement » et le mimétisme communautaire est évidemment à l’opposé des valeurs de l’Anarchie proudhonienne, pour laquelle l’individu , être social engagé dans les relations solidaires de production et d’échange dans la collectivité, (la force collective) est prééminent.
2 Le Dogmatisme
Ce souci de Proudhon de ne pas se lancer à l’aveugle dans une aventure de type religieux, de ne pas vouloir imposer un nouveau « dogme » en lieu et place du dogme de la « féodalité industrielle et mercantile » , alors que ni lui ni Marx ne peuvent prétendre détenir la vérité en ce domaine comme en tout autre, confirme le respect qu’il porte à l’individu en tant que tel. Nous n’allons pas faire de petits soldats. Nous n’allons pas jouer les porte drapeaux d’une nouvelle religion. L’exemple de Luther est éclairant. Après avoir soulevé les paysans allemands contre leurs oppresseurs féodaux en promettant la liberté « protestante » contre la « servitude catholique », Luther , soucieux de rester du coté de la hiérarchie sociale et des privilèges du pouvoir, les fit massacrer..
Qui, encore aujourd’hui, après Marx, Lénine, Staline (le « petit père du peuple » a toujours son culte en Russie capitaliste) , Trotski, Mao et consorts pourrait nier que Marx n’ a malheureusement fait que donner naissance à une véritable religion, avec tous ses attributs : catéchisme, ligne politique, dénonciations, excommunications, élimination des opposants « hérétiques », confessions publiques de ses péchés avant la mise à mort..
Et, suprême « attentat contre le cerveau » , dirait Blanqui, ce dogme marxiste a porté le drapeau de la logique , de la raison.
Le comportement au quotidien
Quand on lit , dans la lettre de Marx, les propos qu’il tient pour dénoncer son compatriote Grùn réfugié à Paris et en relation avec Proudhon, on est édifié sur la pratique « marxienne » au quotidien dans les relations d’individu à individu. La délation n’est qu’un moyen « réaliste » pour aboutir à ses fins. …
« C’est un dangereux parasite… et pour tenter de provoquer l’orgueil de l’interlocuteur : « …Il se prétend votre professeur.. ; »
De même, Bismarck est notre allié « objectif » pour « écraser ces maudits ouvriers de la Commune de Paris, et ainsi donner toute sa force à notre « dogme » socialiste contre les néfastes influences de la pensée de Proudhon.
Il faut mettre Bakounine « hors d’état de nuire » , lui qui prétend remplacer le « Prophète » du Socialisme , Marx. Et d’abord on prononcera son « excommunication ».
La encore, aujourd’hui, ce comportement indigne, contraire à toute morale humaine, est le lot de ceux qui se réfèrent à Marx et au marxisme. Ceux qui ont fait repentance ( 6 ), après la chute de l’URSS sont les plus actifs en ce domaine . Avides de reconnaissance de la part de leurs nouveaux maîtres et des avantages qui en découlent, ils endossent avec gloriole l’uniforme du renégat compétitif . Quant à ceux qui veulent garder leur foi marxienne et, criant à la trahison de leur prophète, tentent d’ »actualiser » sa morale, ils ont l’excuse d’avoir à rendre des comptes à Satan, puisqu’ils l’ont appelé à l’aide : « Errare humanum est, Perseverare diabolicum ». Mais dans les deux cas leur comportement au quotidien, dans leurs relations avec les autres, est demeuré fidèle à la morale de Marx
Notes :
(1) Edouard Dolléans : « Histoire du Mouvement Ouvrier » Tome 1 page 357
(2) Edouard Dolléans. Opus cité Tome 1 page 358
(3) Edouard Dolléans Opus cité Tome 1 page 359
(4) Pierre Haubtmann « Pierre Joseph Proudhon ». Sa vie et sa Pensée . 1809 – 1849. pages 622, 623 Editeur : Beauchesne Paris
(5) Pierre Haubtmann Opus cité pages 626 627
(6) Spinoza. « l’Ethique » ; La repentance est le redoublement de la faute…
jeudi 17 janvier 2008
Onfray "sans famille"
La tragédie de l’orphelin.
Michel Onfray a perdu sa famille. Dans un courriel adressé le 20 12 2007 à notre mandaté aux relations extérieures, il écrit : « …pour ma part, j’ai fait mon deuil : cette famille a cessé d’être la mienne (et j’ai bien eu tort de le croire un temps)…. »
Est ce une fugue ? le besoin de voir du pays, de méditer sur l’ingratitude familiale ? En tout cas cette tragédie personnelle n’a pas entamé la combativité de l’orphelin. Il y a du « Famille je vous hais » dans son apostrophe vengeresse.
Est ce une saute d’humeur ? une passade, un caprice d’enfant gâté ? Ira t il jusqu’à abandonner l’Anarchie, son nom de famille, ce mot dont il écrit dans son « Abécédaire » qu’il n’existe pas et qui, pourtant lui a servi de sésame pour entrer dans la cour des grands.
Pour l’instant notre orphelin est en colère. Deux pages entières de cris de haine et de ressentiment. Il appelle à la rescousse Brassens et Camus , pauvres victimes, comme lui, de la terreur anarchiste (1). Il s’étrangle de grossièretés : « …vous (anarchistes) vous avez chié dans les bottes de Camus.. »
Le malheureux enfant , égaré par la douleur d’avoir perdu sa famille, s’étrangle de rage et profère de vilains « gros mots ».
Commentaire :
La grossièreté du langage n’a d’égale que celle de la pensée. Non seulement Camus a été et est toujours une référence pour les anarchistes mais il a été , de son vivant, un interlocuteur de nos compagnons du journal « Le Libertaire » . Camus, contrairement à notre orphelin, acceptait la controverse, entrait volontiers dans un débat contradictoire, sans se réfugier dans l’injure. Il admettait de douter de ses propres assertions. L’exemple de la discussion qu’il a eu en 1952 avec notre compagnon Gaston Leval, à propos de certains passages de « L’ Homme révolté » est éclairant.
A propos d’une affirmations contestée par Gastob Leval sur le rapport entre Bakounine et la Science, Camus modifia son texte dans une édition suivante de « L’ Homme révolté ». Au lieu de : « Bakounine a été le seul de son temps à déclarer la guerre à la Science », Camus, approuvant Leval, corrigea ; « Bakounine a été le seul de son temps à critiquer le gouvernement des savants »
On peut lire dans l’édition de La Pléiade le commentaire suivant de Roger Quillot : « …Camus a connu Leval en 1945. Sans doute sa sympathie pour les libertaires espagnols le rapprocha t elle du mouvement libertaire français. Après « L’ Homme révolté », il eut avec Leval des contacts plus fréquents. Tout en formulant des réserves sur le langage, il donna son accord sur Le Manifeste Socialiste Libertaire . C’est lui qui proposa le titre de Mouvement socialiste libertaire plutôt que Mouvement de civilisation libertaire. »
Comme dirait Zo d’Axa, ….Passons
Archibald Zurvan. 10 01 08Note ;
(1) Dans son dernier produit, « La Pensée de Midi », Onfray , dès la première page traite les anarchistes de « .. tenants du dogme anarchiste- frères en cela des bolcheviques. »
Stéphane Courtois sur Radio Libertaire
DE COURTOIS …faisons table rase… (0)
.
1. Les « références » de l’auteur :
Il présente (p. 31,50, 52, 79, 91 ) ses analystes « sérieux » : Furet auteur du « Le Passé d’une illusion », A. Kriegel, A. Besançon, B. Henri Levy, P. Ricoeur, J. Julliard, M Druon, J.F. Revel, ainsi que ses amis journalistes des publications diverses : La Croix, L’ Express, Ouest France, Libération
Au Portugal « Le Livre Noir du Communisme » est préfacé par un ex Mao, (comme Courtois) devenu leader d’un parti de Centre droit. .En Suède, Courtois a eu l’honneur de présenter son livre devant deux anciens premiers ministres. En RDA, un pasteur protestant l’a interrogé sur l’éventuelle complicité des habitants avec le régime. A Berlin, à la présentation du livre il fallut appeler la police, A Dresde, dit Courtois, « nous avons assisté à une confession publique « . Quant à Alexandre Iakovlev, ex membre du Politburo soviétique, il a fait éditer le livre en russe. Dans toute l’Europe de l’Est, la foule et les notables béent d’admiration à la présentation du livre. A Prague la foule s’esclaffe devant un portrait de Lénine, Gotwald et un goret réunis. A Bratislava c’est le ministre de la justice qui applaudit. A Sofia, à Tallin ce sont les présidents de la république. A Sarajevo, c’est le criminel de guerre Izébégovitch. Un couac en Pologne ou un opposant au régime stalinien de Jaruzelski critique l’auteur qui préconise « une épuration civique ». S C regrette cette opposition à une franche épuration. Il écrit : « cette attitude ne contribue guère à mettre fin au pourrissement de la société par le communisme… »
.
Enfin, pour écrire ce livre, il a disposé de « l’aide d’un ami fidèle et érudit, Jean Louis Panné », avec qui il a eu l’honneur de signer en 2003 l’appel du « Figaro » pour s’engager et soutenir la guerre en Irak.
Pourquoi ce nouveau titre, après « Le Livre Noir » ?
Malgré les 200 000 exemplaires vendus en France, les 500 000 en Europe et dans le Monde, il fallait tenter de « fortifier » les ventes.. Il était utile de faire un « rappel d’un désastre… »cette triple amputation créée sur le corps d’une Europe pantelante par le pouvoir communiste en 1917, 1939/45 , 1944/48 et de souligner à nouveau les « effets désastreux sur la civilisation, la conscience et l’unité européenne ».(1)
Une autre raison d’écrire ce titre était le fait que « entre 1980 et 1990 la Gauche ne soutenait le travail d’un Chercheur (en histoire de l’URSS), que dans une visée instrumentale…pour peser tactiquement sur l’allié communiste ».(2).
Troisième réponse à la question : Pourquoi ce livre aujourd’hui seule ment ? Il fallait dit l’auteur « …attendre la mort de l’URSS.. » (3)
2. Quel lien entre la terreur stalinienne e l’idéal communiste ?
« …le Socialisme est la forme achevée du totalitarisme. L’expérience soviétique n’a pas tourné au totalitarisme en dépit de son socialisme mais parce qu’elle était socialiste… »(4)
Et puis , comme l’idéologie nazie de Hitler, le socialisme de Lénine est une « brocante intellectuelle » qui a nourri, écrit Furet « .. tant de fanatismes individuels ».. Je suis le premier ajoute SC à « réévaluer » le communisme. Il précise le sens de cette « réévaluation » en écrivant : « L’ Utopie est reconnue par nombre d’auteurs comme l’un des ressorts essentiels de l’idéologie communiste et l’une des raisons de sa dimension criminelle . » (5)
S C s’en prend , d’une façon plus générale à des traditions « utopiques » russes. Il écrit : « …les Bolcheviks ont hérité du marxisme ce désintérêt complet à l’égard du sort des individus. Mais la tradition russe a elle aussi laissé des traces au travers du nihilisme, du netchaievisme et de l’Anarchie… » (6)
S C énonce qu’à la chute du régime stalinien , il y a eu, en Russie, un « changement de valeurs ».(7)
3 Les Critiques ?
Courtois tente de prévenir la critique. Il écrit : « …on est surpris de voir en France, s’exprimer haut et fort, sans vergogne, une puissante mémoire d’un communisme perçu comme globalement positif.. » et citant B H Levy : « ..le communisme bénéficie de la bonne vieille clause de l’idéologie la plus favorisée » (8)
S C , pour prévenir la contestation de sa thèse, fait un cours de déontologie sur le métier d’historien. Il écrit : « L’histoire implique une démarche scientifique et répond à une logique qui est celle de l’établissement et de la transmission des connaissances selon les règles du métier . » et encore : « avant d’établir un récit historique l’histoire se doit de prendre en considération tous les faits… l’amnésie à géométrie variable est le propre de la mémoire. Mais l’histoire ne peut s’accommoder de ces arrangements de chacun avec soi même . » (9) .
Sur la question de son parcours idéologique , S C fait très clairement son auto critique.. Toutefois il ne veut pas être le seul à assumer son erreur de parcours et il tient, au long de 12 pages, à y impliquer ses anciens amis du PCMLF, de la LCR ou du PCF.. Il précise qu’il était en bonne compagnie, avec une ancienne ministre de la Justice : « ..Pourquoi aucune voix n’a t elle demandé à Madame Lebranchu d’expliquer à quelle forme de raison ou de déraison répondait son engagement de jeunesse … » ? Pour ce qui est de sa « repentance » personnelle ses accents sont vifs et emprunts de religiosité. : « …ma vie ordinaire d’activiste mao spontex fut un engagement au caractère imbécile et dangereux…imbécile , en effet, car quel pouvait être le sens d’une révolution dans un pays démocratique ? »… » dangereux de récupérer des armes »…et d’avoir « à passer des années dans les prisons de la république ».
Questionné par de jeunes allemands de l’Est, « Pourquoi vous êtes vous engagé à l’ extrême gauche après mai 1968 ?. », il écrit : «…réponse difficile à faire à ces gens qui ne comprennent pas pourquoi des jeunes gens normalement intelligents et libres de leurs décisions ont pu, à ce point, prendre des vessies pour des lanternes. »
Cette repentance, ce redoublement de la faute, dirait Spinoza, ne va pas sans une certaine gloriole. Il se compare à Gide, critiqué en 1936, à son retour d’URSS par ses anciens amis, pour son hostilité au régime stalinien. Il est fier de s’être « réinséré dans la Société pour y faire valoir ses talents »
Mais, comme la repentance signifie que l’on se pardonne et qu’on redevient un pur, il est possible de faire l’éloge de « ceux qui abandonneront plus ou moins rapidement l’idéologie, après avoir compris qu’elle était en relation étroite et nécessaire avec la mise en œuvre de la Terreur. »
Il peut donc, désormais épuré, faire « valoir ses talents ». Il écrit, sur le thème de la démocratie : « Qu’est ce qu’une démocratie libertaire qui rejette la culture du suffrage universel .. »? Sur le même sujet il philosophe : « Qui affirmerait qu’il n’y a pas une nature unique de la démocratie, sous prétexte que celle ci prend les formes diverses de république parlementaire, de monarchie constitutionnelle ou du régime présidentiel ? »
Pour S C, cette « démocratie » de rêve risque d’être « dénaturée ». Le danger est représenté par « les survivants au Communisme…regroupés à l’Ouest dans de multiples sectes…ils tentent de faire revivre ce communisme… en engageant la lutte contre la Mondialisation. ». De même ces « survivants » osent s’en prendre au « respect de.la personne humaine et de la propriété privée, son corollaire incontournable. »
Ainsi qu’il souhaitait en Pologne, une « épuration », S C s’oppose à une amnésie, une amnistie des crimes communistes. Il écrit : « si une amnésie, une amnistie rampante sont des expédients commodes dans l’immédiat, elles ne permettront pas, à terme, d’accéder à la pacification des esprits. ». Il est dommage qu’un Nuremberg du Communisme soit « techniquement impossible », dit il.
Toujours dans le domaine de l’analyse philosophique et sociale, S C interprète à sa façon la citation suivante d’Antoine Vitez : « Ce qui s’accomplit aujourd’hui est la fin du socialisme autoritaire ». S C , en effet, traduit : « Antoine Vitez est lucide sur la mort du communisme, système et idées ».
CONCLUSION
S C conclut modestement par un éloge de l’honneur et de la lucidité, éloge dont il ne semble pas se mettre à l’écart. Il écrit : » Tous les hommes qui ont été communistes ne persistent pas dans l’aveuglement et le déshonneur ». Il souligne que c’est son livre qui ouvre le grand procès du communisme, ajoute, que contrairement au vers de l’Internationale, « on ne peut pas, du passé, faire table rase »
On peut simplement, en maquillant la complexité de l’Histoire des hommes et des Idées, en choisissant le parti de l’Ordre capitaliste, brandir le drapeau glorieux de la revanche du renégat.
Archibald Zurvan Janvier 2008 (d’après des notes de 2003)
Notes :
(0) Stéphane Courtois, historien, est notamment l’auteur du « Livre Noir du Communisme » et de « Du Passé faisons table rase ». C’est ce dernier texte qui fait l’objet de cette analyse.
(1) il évoque une « unité » illusoire et mise à mal , indépendamment du pouvoir soviétique, par les conflits capitalistes et nationalistes.
Quant à la « conscience » , il serait bon de savoir ce qu’un « Ex Mao » entend par ce concept
(2) S. C parle d’or : il vaut mieux être instrumentalisé par la Droite.
(3) N’ y a t-il pas , dans cette réponse un petit coté « détrousseur de cadavre » ?
(4) S C se réfère pour énoncer ceci à un certain Martin Malia (orthographe incertaine), professeur d’histoire à Berkeley et conservateur convaincu
(5) L’auteur oublie qu’il a lui même épousé la cause des militants communistes adhérant à un projet qui se voulait universel et libérateur. Que cet idéal ait été dévoyé ne retire rien à leurs espoirs généreux et à leurs engagements
(6) l’utopie peut être une chimère et un danger si on l’enferme pour l’imposer dans un système clos signifiant la fin de l’Histoire. Mais elle peut être simplement l’idéal vers lequel tendre ; un mouvement permanent vers une harmonie , une Justice dans la Société.. Quant à écrire que l’Anarchie se désintéresse du sort de l’individu, alors que toutes ses valeurs, toute son histoire , tout son humanisme , placent l’individu au centre de son combat, il faut s’étonner de l’ignorance de l’auteur.. D’ailleurs il pressent la faiblesse de sa thèse et pour se persuader lui même de la justesse de son analyse il fait de Lénine le Dieu communiste tout puissant . On lit : « Puisque c’est Lénine seul qui a défini l’idéal, la doctrine, qui a fondé le parti, le régime et la terreur, quel décalage peut il exister entre idéal communiste et réalité ? »
(7) Oui : du Capitalisme d’Etat on est passé au Capitalisme privé. Avec la même oligarchie à la tête des pouvoirs économiques et politiques. Est ce l’ apparition de « nouvelles valeurs» ?
(8) Plutôt que de préciser quels sont les points de son livre contestés par d’autres historiens, l’auteur pose une affirmation générale . Il y a fort longtemps que le régime soviétique est critiqué par ceux qui sont sensibles à la générosité d’un idéal et à son dévoiement par un dictateur et sa clique. L’arrogance est plutôt du côté de ceux qui ont intérêt à la conservation d’un Ordre injuste qui leur profite et qui pourrait être chamboulé par un soulèvement contre eux.. Ainsi, Claude Imbert , directeur du Point écrivait : « Le livre noir du communisme tombe chez nous à point. A tous ceux qui ne voient , à nouveau, que défauts à notre démocratie libérale, les deux calamités du siècle – la fasciste comme la communiste- montrent que les sorties hors système débouchent volontiers sur des marécages funèbres. » Notons aussi que les défauts de la « démocratie libérale » dont parle C Imbert, ne préoccupent pas SC qui en 1995 critiquait la grève de décembre : «… alors que le pays était paralysé, nombre de français ont approuvé un mouvement provoqué par quelques milliers de roulants de la SNCF bien encadrés par des militants communistes de la CGT. »
(9) Bien que le mot « histoire » figure en lieu et place du mot « historien », est- ce de la part de l’auteur une sorte d’auto- critique. ?
Quant aux « règles du métier » l’auteur reste muet.. Sauf à considérer que l’historien « …n’est pas comptable de l’usage que font les uns et les autres de ses résultats ( de ses recherches)…Il lui importe seulement que ses résultats soient incontestables dans l’établissement des faits et raisonnablement objectifs pour ce qui touche aux interprétations. »
mercredi 2 janvier 2008
L'Anarchie selon M Onfray
L’ANARCHIE ET LES ANARS…
………. SELON ONFRAY
décembre 2007
Au Comité de rédaction du Monde Libertaire
Compagnons,
Y en a marre.
Vous avez certainement lu le numéro de novembre 2007 de la revue « Lire ». ( page 33 "mon abécédaire".ma définition de l’ « Anarchie », et reproduit ci dessous). Le Monde libertaire et Radio libertaire, au travers de leurs responsables et leurs animateurs y sont vilipendés, traînés dans la boue par un « intellectuel » (sic) qui prétend que l’Anarchie n’existe pas, que nous ne sommes même pas des anarchistes puisque nous ne sommes pas des activistes de la « micro révolution » embrigadés sous son drapeau frelaté du soi disant « Socialisme libertaire ».
Traiter ces propos par le mépris n’est pas suffisant . Relayés par les médias du Pouvoir, ils contribuent à renforcer la propagande officielle tentant, depuis des lustres, de montrer l’Anarchie comme une illusion d’utopistes et comme vecteur de désordre et de violence aveugle..
Au sein même de notre fédération et de nos « œuvres », ML, RL, ce matraquage des valeurs de l’Anarchie produit ses effets dommageables. Ainsi le Comité de rédaction du journal est stupidement attaqué pour avoir refusé un papier sur notre soi disant dérive « droitière » (Ah les marxistes !). Ainsi, ce matin on pouvait sur RL entendre un animateur parler de « prise d’otage des usagers » à propos des grèves qui se préparent cette semaine. Quant au secrétariat de RL, il est attaqué par un responsable d’émission, pour prévarication..
Enfin, cerise sur le gâteau, un responsable de groupe de notre fédération donne une interview à une radio aux ordres, chienne de garde du pouvoir (France culture), pour conforter l’auteur de l’entreprise de dénigrement de la FA publiée dans la revue Lire, et regretter (sic) que notre journal, par ses articles venimeux ait « assassiné » l’intellectuel en question..
Ne restons pas indifférents à ces attaques. Pour ma part, en espérant que d’autres compagnons réagiront, je vous envoie le texte joint
Le 8 novembre 2007 Archibald Zurvan : ce texte n'est pas paru au ML
AGRESSION A RADIO LIBERTAIRE et AU MONDE LIBERTAIRE
Rassurez vous , amis et compagnons de route, il ne s’agit que d’une agression verbale. Voici les faits :
A l’occasion de la délivrance du « Master universitaire et populaire d’Anarchie »par le professeur émérite Michel Onfray, les équipes permanentes et les collaborateurs du journal et de la radio ont été recalées. Comble de honte, ces humiliations étaient accompagnées de commentaires venimeux de la part du Président du jury, en l’occurrence le même et distingué professeur Onfray.
On peut lire dans le numéro de novembre de la revue « LIRE » :
« …Il n’y a pas d’Anarchie mais seulement des preuves concrètes d’anarchisme. Dès lors on trouve moins d’anarchistes au Monde Libertaire, à Radio Libertaire ou dans les prisons dans le secteur des terroristes, que sur le terrain, actifs et praticiens. »
Il y avait longtemps que nous n’avions pas été classés, même par nos ennemis de toujours dans le « secteur des terroristes ». Aucun des « intellectuels « à la mode, chiens de garde et cautions de l’Ordre établi, n’avait repris cette belle formule.
Passons sur le fait que , dans un abécédaire personnel, un « philosophe » (sic) qui se charge de définir le mot anarchie, affirme que l’Anarchie ça n’existe pas et que ceux qui oseraient dire le contraire ne sont que des « gardiens du temple, des grands prêtres estampillés… », estampillant lui même son « Université Populaire » comme une « pratique » , une « micro révolution » anarchiste.
POURQUOI TANT DE HAINE ?
Je me suis demandé quelles raisons pouvaient expliquer un tel comportement, alors que quelques uns de nos compagnons lui vouent une admiration béate, séduits qu’ils sont par un « Maître » à penser en perpétuelle effervescence médiatique, étourdissant ses auditoires sous un flot de sentences définitives bien que souvent contradictoires .
Le maître s’épanche quelques fois en leur sein, se considérant comme « assassiné » par les rares critiques de notre radio ou de notre journal. (Voir sur ce point l’interview d’un membre d’un groupe FA sur France Culture)
Une autre raison de ce comportement, à la limite du pathologique pourrait relever, selon moi, du complexe dit de la « dette de reconnaissance ». En effet, si Michel Onfray est aujourd’hui célébré sur tous les « fenèstrons », sur les radios, dans les revues, il le doit en grande partie à Radio Libertaire.
Il y a dix ans , en effet, alors qu’il n’était qu’un débutant en littérature ( il venait de publier « La Politique du Rebelle »), un inconnu, pourrait t on dire, Radio Libertaire l’invitait dans ses studios pour dialoguer avec lui, pour analyser, approuver ou contester le contenu de son livre, le faisant ainsi débuter dans le monde des médias. Cet honneur que nous lui avons fait, cette reconnaissance qu’il nous doit, lui sont devenus , au cours de ces dix années, insupportables. Il y a du « Monsieur Perrichon » la dessous, dirait Courteline. C’est ce qui s’appelle aussi, plus vulgairement cracher dans la soupe.
Y A PLUS d’ ANARCHIE.
Mais puisque pour l’honorable professeur , tel Saint Michel terrassant le dragon de l’Anarchie, cette dernière est hors du sujet, ne poursuivons pas la polémique.
Laissons notre « ami » à ses fréquentations politico médiatiques, laissons le bavarder en toute amitié, mais jouant de la férule, avec les maîtres du Monde. Souhaitons lui de devenir le nouveau gourou du « Socialisme Libertaire » . Qu’il aménage, en rebelle micro révolutionnaire, les multiples « jardins d’Epicure » d’un Capitalisme épuré de sa fièvre libérale, . Qu’il salue respectueusement l’Etat, protecteur des pauvres, qu’il honore cette grande rencontre électorale à la De gaulle entre le peuple et son maître. Qu’il s’agenouille devant le Parti Communiste français pour le supplier de rassembler les « forces de Gauche », qu’il se prosterne devant la sainteté du travail salarié, et la reconnaissance du « père ».
Vaste programme pour le « Socialisme Libertaire » à la sauce odorante de son « Université du Goût ».
Et pourquoi pas un grand parti « micro révolutionnaire », un vrai parti socialiste libertaire, avec un petit père du peuple, qui, si le PC refuse la tâche, pourrait être le beau Michel. Un boulevard s’ouvre devant lui .
NOV 2007 Archibald Zurvan
NOTA la critique de « La Politique du Rebelle, après l’interview de Michel Onfray sur Radio Libertaire.en février 1998 dans l’émission « Chronique Hebdo » peut être lue sur le « blog » ainsi intitulé :
http://archibaldzurvan.blogspot.com/
mardi 1 janvier 2008
ECOLOGIE OU ANARCHIE ?
Au Monde Libertaire (1)
Le 12 décembre 2007,
Compagnons,
Dans le numéro 1494, vous publiez un article appliqué de mathématique appliquée signé Bekaert et qui évoque avec admiration les positions de Pelletier sur l’écologie et la décroissance assimilée par l’auteur de l’article au malthusianisme.
Pour éclairer le lecteur, qui pourrait se demander ce qu’est la position contraire aux affirmations de Pelletier , je vous demande de publier mon article de décembre 2006.
Il sera d’autant plus actuel et en phase avec les positions que nous considérons comme justes, que se tient en ce moment en Indonésie , à Bali, une conférence internationale sur le Climat.
Salut et fraternité.
Archibald Zurvan . Chronique Hebdo
(1) article non publié.
Ecologie ou Anarchie
Depuis plus d’une décennie Il (1) oppose l’écologie à l’anarchie. Selon lui, il faudrait choisir son camp. Ce langage binaire ne présage rien de bon pour l’analyse du phénomène écologique rapporté aux valeurs de l’anarchie, à son mode de pensée et son mode d’action.
Quelques pétards mouillés :
Les Médias :
Dans les deux numéros du ML 1456 et 1457, à propos d’un certain « Catastrophisme » et du « complot » ourdi par les grands prêtres de l’idéologie dominante, l’auteur des deux articles s’en prend à l’écologie telle qu’elle est mise sur la place publique par les médias et notamment par les présentateurs et journaleux de la télévision. Il nous fait découvrir (sic) une nouveauté extraordinaire à savoir que les chaînes de télé sont entièrement sous la dépendance des dominants, Etat et capitalistes ! Cette main mise déconcertante influencerait leur façon de traiter l’actualité ou les sujets de fond ! Ah, bon, nous ne savions pas que les journalistes entonnaient la même chanson que leurs maîtres capitalistes, y compris dans l’exploitation de conceptions écologiques qu’ils pourraient utiliser, soit pour les discréditer soit pour en tirer profit !
Les Entreprises capitalistes :
Il attaque également la récupération capitaliste des thèses écologiques. Ca n’est pas non plus nouveau ! Le phénomène de la récupération des idées ou des projets qui sont susceptibles de dégager du profit est mis en pratique depuis fort longtemps dans tous les domaines de l’activité économique. Peu importe que ces thèses ou ces projets reposent sur des valeurs totalement étrangères au système capitaliste.
Les Politiciens :
Il attaque enfin les politiciens de l’écologie, ce qui, là également, consiste à enfoncer des portes ouvertes. On sait bien que le parti écologique n’a pour objectif que de produire des politiciens et de leur assurer une rente de situation dans un système économique et social capitaliste qu’ils ne contestent pas fondamentalement.
Ces trois attaques contre les médias, les capitalistes soutenus par l’Etat et les politiciens ont selon Lui un dénominateur commun : le catastrophisme, comme si l’utilisation de la peur, comme moyen de domestication n’était pas là encore une pratique utilisée couramment par les trois acteurs cités plus haut : médias, capitalistes et politiciens.
La « Peur » :
Il découvre le « catastrophisme », la mise en scène de la peur comme moteur d’une action capitaliste et politicienne. Quelle surprise ! cette découverte impressionne tellement cet ancien combattant, excité à l’idée de relancer son sujet de diatribe préféré, qu’il ne l’aperçoit qu’à travers l’écologie.
Ce qui est plus grave c’est qu’il impute à certains « militants » anarchistes (sincères, comme il le dit avec beaucoup de commisération) cette forme de pratique manipulatoire. Il s’agit d’une sorte d’accusation envers ceux dont il prétend être le compagnon alors que le catastrophisme est hors de la pensée, de la morale et de l’action anarchiste.
De l’imposture ou du « trompe couillon ».
Pour faire accepter ses thèses, il prend des points d’appui sérieux : d’abord celui du vieux maréchal Pétain et son slogan du retour à la terre ; ensuite et pour faire bonne mesure, les adeptes du fascisme. Pour lui, approuver les thèses écologiques, même si elles sont fondées sur des constats, relève d’une idéologie autoritaire. La dictature écologique n’est pas loin. Une curieuse argumentation qu’il avait formulé en 1993 pour justifier cette comparaison hardie entre écologie et fascisme, ne manque pas de sel: je cite l’auteur : « Non, les écologistes ne se situent pas (complètement) à gauche. Ils se situent réellement, idéologiquement, philosophiquement, en partie historiquement, largement politiquement, en travers, en partie à gauche, à droite et au centre. Qui peut prétendre sérieusement le contraire ? Il n’y a, à ma connaissance, qu’un seul mouvement qui ait eu une telle position, un tel croisement complexe mais réel : le fascisme. » Avec cette expression étrange « de travers » l’auteur prétend justifier l’analogie qu’il fait entre fasciste et écologiste. Que voilà une affirmation présomptueuse : n’est-ce pas parler à tort et à travers !
La Science, la « vraie ».
Tartarin aimerait sans doute chasser l’anarchiste qui défend les thèses écologiques sans approuver le comportement de ceux qui les utilisent à des fins de pouvoirs. Haro sur ceux qui font confiance à une science sans conscience, la majorité des scientifiques considérant le réchauffement de la planète en partie lié à l’activité humaine ! Quand à lui il prend pour argent comptant l’affirmation d’autres mais vrais scientifiques qui estiment eux que le réchauffement de la planète n’est que :
Soit une vue de l’esprit soit un phénomène naturel et fatal.
Le « complot »
Sous prétexte que ceux que nous combattons, mais qui vivent dans le même Monde que nous, font les mêmes constats sur la dégradation de l’environnement, et s’en servent pour élaborer et mettre en place des mécanismes inopérants ou dérisoires (2), et ce dans leur seul intérêt financier, nous serions leurs complices. Puisque nous faisons les mêmes constats, et bien au delà, sans même avoir besoin des statistiques et des rapports de l’ « Ogre » capitaliste (le GIEC), nous ne pouvons être que les dupes d’un vaste « complot » . Trompés et complices, tels sont les malheureux anarchistes (pourtant sincères !)
La Hargne.
Cette agressivité contre ceux qui osent mettre en cause les comportements humains dans la dégradation de la Planète (climat, couche d’ozone, pollutions diverses des éléments, nucléaire …) témoigne, à contrario d’ une acceptation tacite sinon d’une propagande pour les formes actuelles productivistes mondialisées du capitalisme hégémonique. Elle témoigne également de l’acceptation d’une morale réactionnaire apologétique du « travail », et comme dirait ce vieux maréchal : de la famille et de la patrie.
Vive le « Productivisme » !
Le combat pour l’écologie, la décroissance ou toute lutte contre les effets désastreux du modèle économique dominant, serait un désastre pour les démunis, les « masses » dominées et pillées du Monde. Elles seraient privées du droit de bénéficier des avantages de la Société des plus riches ! Notre modèle serait le leur, comme disaient les premiers colonialistes. Peu importe leur culture, leur histoire, leur autonomie perdue, leur capacité d’agir par et pour eux mêmes étouffée. La Société du gaspillage leur ouvrira, s’ils travaillent bien , des horizons radieux. Vive l’efficacité financière mondialisée imposée aux peuples barbares et incultes !
Permanence du galimatias.
On pourrait dire que l’auteur a fait une fixation sur l’écologie puisque depuis de nombreuses années il nous sert la même antienne, il nous abreuve de son galimatias, de son pathos entortillé, de sa logorrhée insipide. C’est par le fait qu’à deux reprises le ML ouvre ses colonnes à un discours sur l’écologie, contestable, confus et pesant que j’ai pris la peine de répondre.
C’en était trop. Soyons également cuistre ! Errare humanum est, perseverare diabolicum.
2 décembre ! 2006 Archibald Zurvan
-1 Philippe Pelletier
-2 L’ex-vice président des USA et futur candidat à la place de Bush, Al Gore édicte dix « commandements » pour lutter contre le réchauffement planétaire. Parmi ces dix commandements, on peut lire : « Changer d’ampoule électrique ». ou encore « Evitez les emballages doubles ». Le onzième commandement « écologique » est le suivant : Si cela ne marche pas : Priez !
dimanche 11 novembre 2007
Et Voila l' Travail !
Poème tragique :
Actualité permanente !
Au Sarkoland, la devise « travail, famille , patrie » est toujours de mise
« Finie, la semaine de 35 heures » , clame le nabot, imitant Paul Reynaud, président du Conseil en 1939, et qui , frétillant de joie à l’approche de la guerre, stigmatisait les travailleurs en leur crachant au visage : « Finie la semaine de 40 heures ».
Esclaves si la Croissance de nos profits diminue c’est votre faute ! Travaillez plus pour que nous gagnions plus !
« Educateurs, faites de nos enfants des forçats du travail, des bourreaux de travail que vous devez être vous mêmes ! Apprenez par cœur mon manuel de 38 pages du parfait petit soldat obéissant de « ma république » Vous devez être les apôtres obstinés du décervelage. Le sport à l’école, voilà un bon moyen pour vous aider dans cette noble tâche. Soyez capables de remplacer le prof de Gym s’il est absent !
A force de fanfaronner, le travail s’est pris les pieds dans le tapis!
Idole brisée, travail en morceaux, travail en miettes, vieux débris remisé au magasin des accessoires avec les autres instruments de torture.
Le bourreau de travail a fait son office. L’usure au travail a fait le reste. Travail, travail quand tu nous tenais... tu nous interdisais les folies !
Pénitent ou Héros... mais d’abord Esclave !
Le religieux ordinaire en a fait la punition éternelle, la sueur du repentir et de la souffrance, la condition à la béatitude de l’autre monde. Le religieux marxiste en a fait « une valeur », une morale à lui tout seul, un dogme, une massue massificatrice et soi-disant émancipatrice, un rouleau compresseur stakhanoviste, une monumentale cathédrale où l’individu, victime expiatoire, a été égorgé, en chantant la gloire du réalisme libérateur des lendemains qui chantent.
Le travail glorifié, sanctifié, mythifié, comme celui des « gueules noires » en 1945, à qui on dédiait des affiches héroïques dans les rues de Paris, est un attentat contre l’individu-homme. Etre une bête de somme dans le troupeau des bêtes de somme avec l’apitoiement charitable de la foule manipulée et béate, en prime...
Aujourd’hui encore, les dernières bêtes de somme défilent pour demander humblement quelques heures (35) de répit au bourreau !
Dans le film « Rosetta »(Belgique. 1999) on voit justifier l’indignité du comportement de l’héroïne par la « dignité» que lui apporterait n’importe quel travail contraint. « Arbeit macht frei ».
Chaque étape de ce chemin de croix est marqué au sceau infamant de la résignation et de la culpabilité de celui ou de celle sur qui la fatalité du « non-travail » s’est abattue.
On ne revendique pas pour exiger sa part des richesses confisquées par le maître... on lui demande le fouet du salariat.
Le Nom et la Chose...
En 1830, déjà, Blanqui comparaît les conditions de l’esclave des colonies françaises et celle du salarié : « Il y a du reste moins de différence qu’il ne parait d’abord entre l’état social des colonies et le notre. Ce n’est pas après 18 siècles de guerre entre le privilège et l’égalité que le Pays, théâtre et champion principal de cette lutte, pourrait supporter l’esclavage dans sa nudité brutale. Mais le fait existe sans le nom, et le droit de propriété, pour être plus hypocrite à Paris qu’à La Martinique n’y est ni moins intraitable ni moins oppresseur... »
Aujourd’hui, cette forme « moderne » d’esclavage qu’est le salariat n’est pas même contesté par ceux qui paradent avec le drapeau des « 35 heures » ... « 35 heures d’un contrat léonin », inégalitaire depuis la première heure. Grande avancée de la Justice...
Gloire à toi, mon fils... Tu seras « Pompeur à bénéfices »
Et pour aller au Ciel... acceptes de n’être qu’un « aide-matériel » ... Céline aurait souri de ce méprisable mot d’ordre des 35 heures, sans le « quoi » ni le « comment », lui qui écrivait en 1941, au temps de « L’Etat Français » de Vichy :
« ...S’il m’est permis de risquer un mot d’expérience sur le tas, et puis comme médecin, des années, un peu partout sous les latitudes, il me semble à tout bien peser que 35 heures c’est le maximum par bonhomme et par semaine au tarabustage des usines, sans tourner complètement bourrique...
« ... Y a pas que le vacarme des machines ; Partout OU SEVIT LA CONTRAINTE c’est du kif au même, entreprises, bureaux, magasins, la jacasserie des clientes c’est aussi casse-crane écœurant qu’une essoreuse-broyeuse à bennes...
Partout ou on obnubile l’homme pour en faire un aide-matériel, un pompeur à bénéfices, tout de suite c’est l’enfer qui commence ; 35 heures c’est déjà joli... »
Résignes Toi.. petit Âne bâté...
Contre la grégarisation, l’écrasement des particularités, la soumission aux ordres du chef de troupeau, Nietzsche écrivait déjà : « Dans la glorification du travail, dans les infatigables discours sur “la bénédiction du travail”, je vois la même arrière pensée que dans les louanges des actes impersonnels et conformes à l’intérêt général : la crainte de tout ce qui est individuel.
» On se rend maintenant très bien compte, à l’aspect du travail — c’est-à-dire de ce dur labeur du matin au soir — que c’est là, la meilleure police, qu’elle tient chacun en bride et qu’elle s’entend vigoureusement à entraver le développement de la raison, du désir, du goût de l’indépendance. Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires et la soustrait à la réflexion, à la méditation, aux rêves, aux soucis, à l’amour et à la haine ; il place toujours devant les yeux un but minime... » Nietzsche Frédéric, Aurore, 1881.
Le travail a toujours eu le mauvais œil, il porte la guigne. Victimes, accidentés, médaillés du travail : tu as la médaille de la honte après trente ou quarante ans de bons et loyaux services, comme « traîne-misère », d’un patron « traîne-patins ».
Qui se souvient d’un air des années « 1900 » qui déplorait la triste condition de celui ou de celle qui, chaque matin « allait au Chagrin » : « ... car je ne suis qu’un employé, un traîne-misère, un salarié.. ».
Le travail est un bouche-trou, un pis-aller, une béquille. On s’y abandonne traqué par la faim. Certains malheureux s’y adonnent, le consommant comme une drogue. Prisonnier du travail, on déploie des trésors d’imagination pour s’y soustraire, pour l’esquiver, pour en adoucir la peine, en dériver le cours. Il faut bien vivre. Et l’esclavage n’est pas une vie...
« Tous les hommes se divisent, en tout temps et de nos jours en esclaves et libres ; car celui qui n’a pas les deux tiers de sa journée pour lui-même est esclave, qu’il soit d’ailleurs ce qu’il veut : homme d’état, marchand, fonctionnaire, savant... » Opus cité.
Les négriers des temps modernes ne font plus à visage découvert le commerce, la traite des hommes pour leurs plantations du nouveau monde. Ils restructurent, délocalisent et s’installent à proximité des gisements de matière première humaine. La mort d’un homme qu’ils écrasent de travail et de misère n’est plus à leur charge comme cela était lorsqu’il leur appartenait comme esclave. Ils n’ont plus à payer pour l’acheter ou le remplacer.
Et Moi !..
Moi, l’Unique, j’existe, je vis, je pense, je crée, j’imagine, j’invente, j’aime, je m’enthousiasme, je critique, je déteste. Contre moi le travail, la souffrance, la chaîne, l’accoutumance m’attendent au tournant. Guet-apens perpétuel depuis l’école, la caserne jusqu’au boulot contraint, consigné, encadré, et même « enrichi ».
« ... Car je ne suis qu’un employé, un traîne-misère, un salarié ... disait la chanson... »
« Ces jeunes gens ne manquent pas de caractère, ni de dispositions, ni de zèle : mais on ne leur a jamais laissé le temps de se donner eux-mêmes une direction, les habituant au contraire, dès leur plus jeune âge à en recevoir une. Lorsqu’ils furent mûrs pour être envoyés dans le “désert” on agit autrement — on les utilisa, on les déroba à eux-mêmes, on les éleva à être usés quotidiennement, on leur en fit un devoir et un principe — et maintenant ils ne peuvent plus s’en passer, ils ne veulent pas qu’il en soit autrement.
» Mais, à ces pauvres bêtes de trait, il ne faut pas refuser leurs “vacances” ainsi nomme-t-on cet idéal d’oisiveté d’un siècle surmené — : des vacances où l’on peut enfin paresser à cœur joie, être stupide et enfantin. » (Nietzsche Frédéric, Aurore, 1881.)
Alors puisque le travail, après le crédit, est mort sur le zinc des derniers bistrots, brisons les machines à décerveler. En avant pour la grande cure de désintoxication... Poétons enfin plus haut que nous avons le cul...
Archibald Zurvan avec l’aimable concours de Louis-Auguste Blanqui, Frédéric Nietzsche, Ferdinand Céline. Déc. 1999.
vendredi 9 novembre 2007
Les Diafoirus de l'Anarchie
LES « DIAFOIRUS » DE L’ANARCHIE .
Quel Remue Méninges !
Depuis ces derniers mois, L’ Anarchie est à la mode. Le « Libertaire » pourrait –on dire plutôt. Qui voudrait s’en plaindre ? Le « Magazine littéraire », « Philosophie magazine », le « Monde diplomatique » , pour n’en citer que quelques uns consacrent de longs développements à ce sujet « porteur ».
Et même France Culture, dont la réputation conservatrice n’est plus à faire, vient de consacrer, il y a quelques jours une émission à l’ »Anarchisme ».
Alors Bravo ! Si on parle de nous c’est que nous retrouvons grâce auprès des intellectuels, des penseurs, des philosophes, des programmateurs de radio.
Mais cet intérêt soudain pour l’Anarchie, n’est il pas qu’une mise en scène, un spectacle tout en surface, une tentative de banaliser jusqu’à l’insignifiance vieillote, une philosophie, une morale un mode d’action insupportables aux tenants du pouvoir , d’un pouvoir social ou intellectuel.
Et plutôt que de faire un travail en profondeur d’analyse et d’histoire de la pensée et de l’action anarchistes, ces maitres à penser, ces baladins du spectaculaire, ces « faux amis » entretiennent l’idée diffusée depuis des lustres par tous les pouvoirs , d’une Anarchie, utopie déraisonnable, illusoire, d’anarchistes ressassant de « vieilles lunes » ou pris d’accès de violence.
Le triste dans cette aventure est que des compagnons se laissent prendre à ce « miroir aux alouettes » et vont complaisamment donner la réplique à ces personnages, séduits qu’ils sont par les paillettes de la Radio ou , pourquoi pas, de la Télé.
Soyons « Modernes » !
Parmi toutes ces « bonnes volontés », prises d’un subit accès de passion pour l’Anarchie, on trouve des carabins, des mêdecins d’ occase, des diafoirus disposés à faire notre bien, à nous « remettre sur les rails ».
L’ Anarchie serait malade, en mauvais état, amorphe, atone . les anarchistes rabâcheraient de vieux discours périmés. Leurs valeurs auraient fait leur temps. Les remèdes qu’ils proposent contre l’injustice de l’organisation sociale du Monde seraient sans effet ; leurs « principes » ne conduiraient qu’à l’échec (1). Les Proudhon, Bakounine, Reclus, Stirner ne sont plus d’actualité. Il nous faut d’autres référents, d’autres recettes. Nous voilà, assurent sans complexe ces « humanitaires » de l’Anarchie. Nous allons vous remettre sur pied.
Et il est vrai que , pour ces « docteurs Knock », il est plus facile de s’en prendre à un idéal, à un « mouvement de pensée et d’action » , comme le disait Chomsky (1), que de rechercher en quoi l’Anarchie est toujours bien portante et quelles sont ses réussites , ses points positifs plutôt que ses échecs.
Parmi toutes ces bonnes volontés qui, depuis longtemps, nous ont fait de la réclame, s’ils n’ont guère contribué à nous « éclairer » non plus que l’ensemble de leurs lecteurs sur ce qu’est l’Anarchie, j’en citerai trois. L’un, américain, a trouvé le remède à l’ « utopie » anarchiste , potion qu’il appelle le « participalisme » ; l’autre, philosophe normand « populaire » s’attaque, quelquefois sans ménagement aux « vieilles lunes » des anarchistes et se pose en initiateur du véritable « Socialisme Libertaire. le dernier tente désespérément , depuis des lustres, de sauver l’Anarchie de ce mal chronique et difficile à éradiquer que constitue le virus « crypto- fasciste » appelé : « Ecologie ».
Louables desseins ! Mais leur diagnostic est il solidement étayé ? cette malade , cette Anarchie qui fait l’objet de leurs soins empressés, les a t-elle appelé à l’aide ? Ne serait ce pas plutôt pour eux un moyen de séduire leur public, de le faire rêver d’une Société parfaite, sans conflits ni contradictions , d’un Monde pacifié , normalisé, préfabriqué, à disposition « clés en mains » ? Et, dans ce cas, leur généreux idéalisme romantique , leur distance au réel et au présent, peuvent ils être bénéfiques ? La malade va t-elle en réchapper ?
LA REFONDATION ;
L’actualité a mis ce mot à la mode. Les partis politiques, avant ou après la défaite parlent « refondation ». Il faut trouver une autre vitrine, un fondement qui plaise, une assise qui assure le « siège ». Pas facile. Certains baissent les bras, comme ces vieux politiciens du parti socialiste français qui, après la défaite, se sont rangés sous la bannière porteuse d’honneurs, de sinécures et de prébendes du parti vainqueur. Les délavés du cerveau qui ont participé à cette ancienne et démocratique mascarade électorale et qui ont choisi ces éminents transfuges, continueront de les apprécier pour leur « réalisme » D’autres dépositaires de la « Souveraineté populaire » cherchent le drapeau aguicheur de foules, le créneau porteur. Comment présenter décemment un projet aux apparences attractives et novatrices fondé sur des valeurs, des principes, des stratégies politiques, économiques et sociales rigoureusement identiques à celles de l’adversaire ? Le plus habile dispensateur de fumée aura quelque mal à faire sortir des têtes (même allégées) l’image du bonnet blanc et du blanc bonnet.
Refondation !… voilà un vocable qui fait sérieux, même s’il a déjà beaucoup servi. Le parti communiste français en a l’expérience . Il dispose lui aussi de ses refondateurs depuis quelques lustres. Sans grand succès, apparemment.
Les pauvres socialistes , eux aussi ont leurs nombreux refondateurs ; Le Nouveau parti socialiste dans un coin, la Gauche socialiste chez les renégats ralliés au nouveau Maitre, et bien d’autres
Mais les « refondateurs » ne sortent pas seulement de la douce France . En ce domaine l’Italie brille de tous ses feux . En 1972, il y a 35 ans, piétinant sans succès depuis 1946 aux portes du pouvoir , le patron du PCI, Berlinguer, proposa à ses « ennemis » de toujours de la Démocratie chrétienne un « Compromis Historique », un partage du pouvoir. Et là non plus, sans succès immédiat.
En 1983, poursuivant sa cure refondatrice, le PC italien rompt avec Moscou et son stalinisme un peu trop voyant
En 1991 le PCI devient le PDS, parti démocratique de la gauche italienne, jetant le froc « communiste » aux orties.
En 1997 il abandonne sa « Fondation » historique et philosophique, le Marxisme. Le Roi est nu.
C’est alors que , trente cinq années après avoir lancé le grand chantier de la refondation , du blanchiment idéologique, le 21 avril 2007, les héritiers du Parti Communiste italien décident de dissoudre leur formation et de fusionner avec les ex démocrates chrétiens , groupe centriste baptisé « La Marguerite ». Berlusconi déclare, à l’occasion de cette merveilleuse refondation, qu’il est prêt à adhérer au nouveau parti d’Union Sacrée, a « effeuiller » avec ces nouveaux amis la « marguerite » Qui peut imaginer que ce traitement de choc de la nouvelle « maladie infantile du communisme « produira d’heureux effets ? . Bien des observateurs bien intentionnés prendront simplement le parti d’en rire.
LE PROJET DES MEDICATRES DE L’ANARCHIE ;
L’ETAT ET LE SYSTEME CAPITALISTE
Dans l’exemple ci dessus, ce qu’on remarque , c’est que la « refondation » a surtout consisté à détruire les « fondations » Des « petits arrangements entre amis » du début , on en est arrivé, en un quart de siècle, au hara-kiri. Nous avons donc toutes les raisons de nous poser la question fondamentale à savoir : la « potion magique » de nos médicastres conduirait t- elle à la même triste conclusion.
Or, si nous examinons le contenu des propositions de nos amis
Nous avons quelques raisons de nous inquiéter, ne serait ce que parce que, pour l’essentiel , il s’agit, là aussi de détruire plutôt que de construire, d’abandonner plutôt que de persévérer . Le philosophe normand , sans la moindre hésitation, nous invite à renoncer, pour guérir, à notre lutte contre le système capitaliste, contre l’Etat, l’un et l’autre étant indispensables à la Justice économique et sociale. Il nous faudrait limiter notre combat aux excès de ces structures naturellement bonnes. Il énonce à propos du Capitalisme :
…Je suis capitaliste car je ne vois pas quel meilleur système permettrait de produire des biens et des richesses, mais je crois qu'il existe des moyens alternatifs au libéralisme, c'est-à-dire à la répartition des richesses produites par le capital. Le libertaire, aujourd'hui, ne pense donc pas qu'il faut abolir le capitalisme mais qu'il faut résister au mode libéral de gestion du capital…
Quant à l’Etat autoritaire, jacobin, centralisateur, peu soucieux de justice sociale, il convient de le maintenir en l’état :
« … Or l'Etat est un instrument. Et on peut faire servir un instrument à des fins diverses: l'exploitation, bien sûr, mais aussi des fins sociales….
Déjà , en 1997, Onfray écrivait : l'État n'est (p.215 « La Politique du rebelle ») "...qu'une machine sans aucun coefficient éthique...", juste un "...mécanisme obéissant aux ordres"
Or derrière ce qu’il appelle « la machine » il y a le capital, même si c'est une machine d'État.
Onfray doit supposer que l'État est une abstraction, un songe creux, que dans la machine d'État il n'y a pas d'hommes de pouvoir avec leur volonté de maintenir leur morale bien à eux de l'ordre établi. Proudhon écrit "L'État est étranger au droit, indifférent à toute idée morale, c'est un simple instrument de force...". C'est cet instrument auquel s'oppose l'anarchiste pour la raison qu'il est le bras armé de l'injustice
Sur ces deux points fondamentaux de la critique anarchiste de l’organisation économique et sociale présente, selon notre ami normand, il nous faudrait renoncer à nous référer à certains écrits de Proudhon, Bakounine, Kropotkine, tous trois ayant fait leur temps, pour nous intéresser à Sébastien Faure et à Emile Armand, comme si ces derniers nous étaient moins connus, eux qui écrivent, à propos notamment du Capital, de l’Etat et du rôle des anarchistes :
En réponse à notre médicastre, populaire et philosophe qui écrit :
…. »Et j'ai très envie d'écrire une histoire du socialisme libertaire. En effet, dès que l'on parle d'anarchie, reviennent les noms de Bakounine, Kropotkine, Proudhon, et c'est tout. On ne parle jamais de Sébastien Faure, d'Emile Armand ou d'autres philosophes qui, s'ils remontaient à la surface, nous permettraient de penser un socialisme libertaire pour aujourd'hui…. »
Emile et Sébastien affirment clairement leurs convictions sur ces deux sujets :
L’anarchiste… entend se désolidariser, et il se désolidarise, des gestes du soi-disant camarades qui, par raison d’opportunisme ou de tactique, défend une forme quelconque de gouvernement ( la République vaut mieux que la Monarchie…etc ), préconise le vote, approuve la guerre. L’ Anarchiste n’a rien à faire avec lui, pas plus qu’avec le juge, le policier, le geôlier, le bourreau, l’élu, l’électeur socialiste ou communiste. Ni les uns, ni les autres ne sont de son « monde »…..
Emile Armand : « Encyclopédie Anarchiste » tome 1 page 536.
Ou encore :
« Anarchiste » : …..donc , en fait comme en théorie,l’Anarchiste est antireligieux, anticapitaliste (le Capitalisme est la phase présentement historique de la Propriété) et anti-étatiste. Il mène de front le triple combat contre l’Autorité. Il n’épargne ses coups ni à l’Etat, ni à la Propriété, ni à la Religion. Il veut les supprimer tous les trois.
Sébastien Faure . « Encyclopédie Anarchiste » tome 1 page 84
Il y a 14 ans, M. Onfray, puisque c’est de lui qu’il s’agit, invité à Radio Libertaire à propos de son livre « Politique du Rebelle », écrivait : …d’où une caducité générale de la pensée anarchiste qui fait de l’Etat son objectif prioritaire et unique ….(sic)
Serait ce que les Emile Armand et Sébastien Faure, qui serviraient de « bonne référence » à Onfray dans son entreprise de refondation anarchiste, seraient « caducs » eux aussi, lorsqu’il écrivent ce qui précède ? Ou alors cette caducité aurait t-elle été contagieuse ?
On pourrait multiplier les exemples de ces demi vérités , de ces interprétations à l’emporte pièce, et lorsqu’il parle, de ce ton péremptoire, sans nuances, de cette logorrhée désertée par le doute ou le simple humour.
….A SUIVRE…. Dans le prochain Anartiste
Sur l’Action violente et révolutionnaire
Puisqu’on évoque Sébastien Faure qu’Onfray pose en modèle de la non violence , de la « non- révolution », de la simple action éducative , de la rénovation par la douceur, opposé qu’il serait en cela aux boute–feux Proudhon , Bakounine et autres, voilà ce qu’écrit l’intéressé lui même :
Critiquant la définition d’Elosu, un des rédacteurs de l’Encyclopédie anarchiste, qui considère comme « incohérente » et tumultueuse » toute violence révolutionnaire alors que la « prise de possession » du « TRAVAIL » sur le Capital peut être « méthodique et sereine », Sébastien Faure énonce ;
« … « Violence anarchiste (la) réplique de Sébastien Faure à l’article de F Elosu sur le même sujet ::
« …La Révolution sociale nous apparaît comme le point culminant et terminus d’une période plus ou moins longue d’éducation, d’organisation, d’agitation intérieure, d’effervescence extérieure, de préparation et d’entraînement à une action de masse ; nous ne saurions la concevoir autrement. Elle sera vraisemblablement précédée de chocs multiples et multiformes , provoqués par les circonstances. Elle s’inspirera des enseignements dont ces chocs…lui fourniront les matériaux….
« … Les Anarchistes sont des tendres, des affectueux, des sensibles. A ce titre ils détestent la violence.S’il leur était possible d’espérer qu’ils réaliseraient par la douceur et la persuasion leur conception de paix universelle, d’entraide et d’ententes libres, ils répudieraient tout recours à la violence et combattraient même énergiquement jusqu’à l’idée même de ce recours.
« Mais pratiques et réalisateurs, quoiqu’en disent leurs détracteurs intéressés ou ignares, les anarchistes ne croient pas à la vertu magique, au pouvoir miraculeux de la persuasion et de la douceur….ils ont la conviction que pour briser les forces d’exploitation et d’oppression, il sera nécessaire d’employer la violence. »
extrait de L’ Encyclopédie anarchiste de Sébastien Faure Tome 4 pages 2874, 2876, 2877.
A la décharge de notre ami Onfray, il faut reconnaître que l’ampleur de ses activités médiatico- philosophiques peuvent lui donner le tournis
Sur le Travail « névrotique »
Un Bourreau de travail :
Il en est à son cinquantième bouquin, ou c’est tout comme. C’est sa drogue. Il dit lui même qu’il « est travaillé par une névrose d’écriture » (1) Il vit avec nous le temps de la productivité, du productivisme, de la « croissance » obligatoire. Sa production s’écoule magnifiquement. Il est compétitif. Son créneau est porteur. Il philosophe à perdre haleine. Il joue sur la corde encore un peu sensible des âmes résignées. Il se désigne « rebelle », révolté, résistant, anarchiste, socialiste libertaire . Il se voit déjà le maître à penser de ceux qui prétendent n’avoir « ni dieu ni maître ». Il est déjà maître d’école. Son école de philosophie est populaire. C’est dire si l’éducation du peuple lui tient à cœur, ce peuple oublié, endoctriné, trompé par les « sorbonnagres » fonctionnaires soumis de l’Education officielle.
(1) revue « Lire » février 2006
La Sainteté par le Travail
Etre sur actif, être compétitif, savoir « se dépasser », s’engloutir dans n’importe quelle tâche, est à la mode. Le cadre moderne doit pouvoir montrer ses capacités sportives et son goût du risque en participant à des « séminaires » de « saut à l’élastique » ou de survie dans le désert… En cas de refus ou d’échec il n’a plus qu’à choisir entre le licenciement et le suicide…
Notre populaire docteur Knock aspire à la sainteté par le travail. Il souhaite, grâce à son dur et persévérant apostolat de laborieux plumitif, avoir la sainte onction de son père. Il déclare :
« …J'ai écrit le Traité d'athéologie de façon très accessoire. Le succès n'est pas mon propos. Mon mètre étalon est ailleurs….
Où cela?
M.O. Mon père. Je suis plutôt content de savoir que mon père pense que mon existence est une existence droite…
…D'une certaine manière, j'aspire à la sainteté…
Quoi? Vous, vous aspirez à la sainteté!
M.O. C'est-à-dire à la droiture morale, à une espèce de rectitude de paysan…. »
Effort et Sacrifice : En cela il rejoint les conceptions de notre médecin américain tenant du « Participalisme » , cette société de rêve qui succède au Capitalisme. Mickael Albert, dans sa « Société Future », construit un système de rémunération du travail calculée sur la base de l’ « effort » et du « sacrifice ».
mardi 4 septembre 2007
Onfray sur radio libertaire
La critique de «
A propos de la parution de «
Michel Onfray -Grasset 1997-
"Honneur ! Patrie ! Droit !...
et derrière ces miroirs aux alouettes
Qu'est ce qu'il y a ? "
Les Thibaud - Roger Martin du Gard
Et derrière les mots "Rebelle, Résistance, Insoumission " du livre d'Onfray (Grasset Éditeur, Paris 1997 ), qu'est ce qu'il y a ?
La revue belge « Alternative Libertaire », qui semble s'être pourtant posé la question, n'a pas hésité, par masochisme, à coup sûr, à faire sa "Une" sur le portrait de l'auteur accompagné d'un dithyrambe "Le livre le plus percutant de l'année..."
Percutant certes, comme un coup de bâton, un habile mouvement déstabilisateur d'art martial.
On se demande si le responsable de la revue a choisi son titre admiratif sans avoir lu le remarquable papier de Michelle Beaujan sur le sujet, texte qu'il a modestement relégué à la page 7.
Il n'est pas nécessaire de se référer à la pensée et à la morale anarchiste, comme prétend le faire Onfray, pour décrire et analyser brillamment la condition salariale et l'organisation inégalitaire à vocation concentrationnaire de
Cet exercice, Onfray le fait avec brio, nous sensibilisant dans ses premières pages (celles reproduites par A.L), quand il décrit sa plongée dans l'univers de l'usine.
Mais comme le remarque, exemples à l'appui, Michelle Beaujan, pour lire et comprendre le jargon qui suit, il faut s'accrocher. Seul l'auteur peut prendre son pied et éprouver une "jubilation hédonique" mitigée de sadisme à nous imposer " la souffrance pour le savoir".
Pour le reste, si nous voulons y voir une pensée conséquente dans sa "résistance", une philosophie ayant quelque rapport avec l'Anarchie, il convient d'y regarder d'un peu plus près.
Une pensée caduque (1)
Pour l'auteur de cet essai sur l'insoumission la pensée anarchiste serait caduque, cette pensée qui "...fait de l'État son objectif prioritaire et unique..."
Il écrit : « …Le problème est moins le pouvoir d'Etat que l'état du pouvoir…D'ou une caducité généralisée de la pensée anarchiste qui fait de l'Etat son objectif prioritaire et unique (sic)…Une pensée anarchiste contemporaine doit rompre avec cette fétichisation de l'Etat car il se réduit à n'être qu'une machine, sans aucun coefficient éthique (sic), juste un mécanisme obéissa,t aux ordres donnés et transmis…. »
Or la lutte contre l'État n'a jamais, même au temps du capitalisme balbutiant et donc solidement étayé par le pouvoir d'État, été le seul et unique objectif des penseurs et des acteurs du socialisme.
C'est le pouvoir d'État, défendant le privilège du capital qui est visé autant que les autre formes de l'autorité oppressive et inégalitaire (Églises, Féodalités industrielles et financières)
Si pour Onfray, l'État n'est "...qu'une machine sans aucun coefficient éthique...", juste un "...mécanisme obéissant aux ordres" ( de qui ? ), on pourrait lui rappeler que lorsque les ouvriers anglais et lyonnais, dans les années 1830/40, s'en prenaient aux "machines" ce n'était pas parce qu'elles disposaient ou non d'un coefficient éthique, ni parce qu'elles allégeaient peu ou prou leurs souffrances physiques, non plus par dégoût rétrograde pour une machine moderne mais parce qu'elles les privaient, entre les mains des patrons, de leurs moyens de survivre. Derrière la machine il y a le capital, même si c'est une machine d'État.
Onfray doit supposer que l'État est une abstraction, un songe creux, que dans la machine d'État il n'y a pas d'hommes de pouvoir avec leur volonté de maintenir leur morale bien à eux de l'ordre établi. Proudhon écrit "L'État est étranger au droit, indifférent à toute idée morale, c'est un simple instrument de force...". C'est cet instrument auquel s'oppose l'anarchiste pour la raison qu'il est le bras armé de l'injustice.
L'age d'or (2)
Pour Onfray la pensée anarchiste est une vieille lune. Elle serait fondée, ( comme s'il s'agissait de la théorie marxiste de
Autant d'affirmations en totale opposition avec les conceptions libertaires. Il est assez triste de rappeler que contrairement à ce que nous promettaient les marxistes et que nous annoncent les libéraux pur et durs du capitalisme moderne, il n'y a jamais eu pour les anarchistes de "Fin de l'Histoire", de paradis futur, de système social clos, définitivement bouclé par quelque prophète terrestre ou céleste.
De même la notion de sacrifice relève de la croyance en un absolu. Elle s'oppose à la pensée raisonnante, au jugement, à l'esprit critique, à l'autonomie de la personne. Seuls des religieux de tout acabit la portent au pinacle : Dieu, l'Etre suprême,
• Dans ces conditions et devant ce qu'on espère être une erreur de lecture ou une mauvaise interprétation de la pensée anarchiste, Onfray ne pouvait qu'accumuler les contresens. Quand il parle d'utopie classique (sic) on peut se demander à quoi il fait référence. Ni l'anarchie de Proudhon, ni le Socialisme "pratique" de Blanqui n'étaient "classiques", encore moins "utopiques". "Tout donner au présent", disait Blanqui. Le mutuellisme et le fédéralisme proudhonien sont ancrés dans le concret. Quant à l'idéal libertaire, comme le dit la chanson, il est le contraire d'un modèle social fermé, défini à l'avance. Il est un moteur de l'action contre l'injustice. Il est le fondement des valeurs anarchistes qui supportent cette action ; il est une dynamique permanente soutenant la volonté de l'individu et du groupe dans une société ni statique, ni figée, ni idéalisée, mais au contraire vivant de ses contradictions, de ses antinomies dans un équilibre reposant sur la justice économique et sociale.
•
• la bête de proie (3)
• Le libertaire serait une bête de proie.
• Il écrit : « … le portrait du libertaire, cette figure célibataire, (sic) appelle les qualités de la bête de proie : flairer, écoute, épier, être sans cesse sur ces gardes… »
• Le moins qu'on puisse dire est que l'image est malheureuse. C'est justement contre la jungle libérale, contre une forme de darwinisme social, contre la terreur planifiée de l'État marxiste que le libertaire affirme l'entraide, la solidarité, la justice , le règlement pacifique et contractuel et égalitaire des conflits, qu'il se bat pour équilibrer, contractualiser les forces en action dans une société. Il se bat contre l'absolutisme, la sacralisation, la concentration du pouvoir.
• le vrai libertaire (p. 219, 221, 222, 225, 237, 238)
• Dérisoire et sans rapport avec l'Anarchie que ce portrait du libertaire, image d'Épinal, tableau d "un Homme Nouveau", figure normalisée de l'anar selon Onfray.
• Protégez moi de mes amis, mes ennemis je m'en charge... ces amis qui vous embrassent, vous étreignent avec science pour mieux vous étouffer, étouffer les valeurs de l'Anarchie, éteindre la volonté, en finir avec les symboles de la dynamique révolutionnaire.
• Le libertaire nouveau n'est plus un anarchiste "à l'ancienne". C'est un "condottiere" magnanime, un maître es Aïkido, un "dandy révolutionnaire", un esthète de la tête aux pieds.
Il écrit : « …Plieur d'énergie, le Condottiere de mes vœux excelle dans l'art du dressage des forces qui contribuent à la sagesse tragique….Bien sur il triomphe , en figure célibataire et nominaliste (sic), en artiste spécialiste des pointes et de la maitrise du temps efficace, en rebelle ennemi du contrat social auquel il préfère et oppose le contrat hédoniste…. »
« …dans son souci de prévenance, il organise le réel autour de lui…de sorte qu'il triomphe en hédoniste sur le terrain libertaire…Pour parfaire la description et la compléter par sa dimension politique, il me faut dire que le contrepoint de ce personnage conceptuel suppose le Libertaire, moins anarchiste sur le mode ancien que dépositaire de cette tradition de la rébellion dans une perspective résolument moderne… »
• Peut-être l'auteur a t-il voulu complaisamment faire son autoportrait ? Mais quel rapport peut-il exister entre lui et L'homme révolté de Camus, l'anarchiste de Pelloutier qui cherche à s'aguerrir et s'élever par "la culture de soi-même", L'Unique de Stirner affûtant sa force, consommant ses connaissances pour affirmer son sens critique et sa volonté, agissant à la mesure de ses capacités et attaché à combattre l' injustice sociale tout autant que respecter la dignité de chaque individu.
•
• Tout flatteur vit aux dépens... (4)
•
• C'est au travers des pages consacrées à l' "éloge" de Blanqui que l'on découvre ce qui pourrait apparaître comme la "morale" de l'auteur.
• Sous la forme d'une adresse faussement admirative, Onfray interpelle Blanqui : « ... Vous, Blanqui, qui avez eu "une existence sans flexions, sans compromissions, sans accrocs (sic) j'aime (moi Onfray le vrai révolté) cette inflexibilité... malgré mille occasions qui vous ont été données d'être un renégat... »
• Comment qualifier les valeurs auxquelles se réfère M. Onfray pour énoncer une telle proposition ? Pour lui, être un renégat n'est qu'une affaire d'opportunité.
• Et pour mieux souligner le peu de poids de la pensée et de l'action de Blanqui, il l'interpelle ainsi : "...On ne peut vous donner aucune profession fixe... en dehors de collaborations épisodiques à la presse d'opposition..." On croirait entendre le Président du Tribunal qui en janvier 1832 demandait à Blanqui inculpé du procès dit "des Quinze", quelle était sa profession, et auquel Blanqui répondait que comme les millions de travailleurs sans aucun droit il est "un prolétaire".
• Onfray insiste pour encenser ce "renégat "potentiel, acteur épisodique de l'histoire , "sans profession fixe : ".".. Si vous l'aviez voulu, vous Blanqui, à force de compromis vous auriez pu être un Gambetta, un Jules Ferry...".
• Blanqui aurait certainement apprécié ce rapprochement, lui qui traitait Gambetta de "traître habituel". Il faut dire qu'en juillet 1871, Gambetta, député champion de l'opportunisme conservateur qualifiait
• Vous étiez un moins que rien, vous auriez pu être un fieffé salaud... tel est le propos d'Onfray. On peut donc rappeler ce que Blanqui disait des mérites d'un colonisateur à
• Quant à la morale laïque de Jules Ferry, elle est illustrée, un an après la mort de Blanqui, par une instruction que le ministre de l'Instruction et des Beaux Arts (sic) de l'époque, un certain Ferry Jules rédigeait à l'endroit de ses instituteurs hussards : "...Instruction du 27 juillet 1882 : L' École doit enseigner la bonne vieille morale de nos pères, la nôtre, la vôtre car nous n'en avions qu'une..." "...L'instituteur ne se substitue ni au prêtre ni au père de famille; il joint ses efforts aux leurs pour faire de chaque enfant un honnête homme..." S'il n'avait tenu qu'à lui, Ferry aurait même utilisé le même lieu, l'École, pour que curé et instit, en choeur, inculquent la même morale de la soumission à un dieu ou à une patrie.
• Ainsi, après avoir raté l' "occasion" d'être un "renégat", Blanqui aurait pu, s'il avait eu un tant soi peu le sens du "compromis" ou de "l'opportunisme" être un "traître" ou la doublure d'un spiritualiste convaincu.
• Et comme il a bien résisté à ces tentations, Blanqui reçoit un certificat de bonne conduite, pompeux et condescendant de la part de Maître Onfray : "...J'aime qu'on enracine un caractère dans ce qu'il est convenu d'appeler une expérience existentielle fondatrice (sic)..." "...Vous n'avez pas démérité..."
• Pourtant, assène l'auteur toujours sur le mode professoral : "...Vous êtes un incendiaire viscéral", un précautionneux qui évite "...une trop grande proximité avec les insurgés qui aiment les contacts..."; Vous êtes un romantique, un religieux de la politique, vous n'êtes "...jamais là où l'histoire se fait..", vous avez évité l'intendance pour exceller dans la mystique..."
•
• Mais Je vous absous, conclut Onfray du haut de sa chaire de faussaire, car j'admire votre "...envie faustienne de mettre la politique au service d'un hédonisme au quotidien...".
• Faussaire, car c'est tout simplement l'anti-portrait de Blanqui qui est tracé ici. Austère et sobre par force ou par discipline de vie (33 ans de geôle et 10 ans d'exil forcé), Blanqui est à l'opposé d'un hédoniste de bazar. Socialiste "pratique", comme il le disait lui même, et non pas "romantique". Après les journées de juillet 1830 et le départ de Charles X, il s'écriait en rentrant des affrontements des "Trois Glorieuses" : "Enfoncés, les Romantiques.
• Athée, farouche esprit critique, il pourchasse dans ses écrits (Critique sociale, création du journal « Ni Dieu Ni maître » etc.) avec la plus grande énergie tout ce qui touche au phénomène religieux, tous les agents de l'absolutisme religieux, tout ce qui cadenasse dans un dogme le jugement de l'individu. C'est lui qui souligne que tout spiritualiste "convaincu" est un assassin en puissance.
• Opposé à toute politique, à toute Constitution, à toute forme de gouvernement qui n'auraient pas pour fondement la justice sociale, Blanqui est le contraire d'un "Religieux de la politique". Il écrit : "Une forme de gouvernement n'est point un but mais un moyen et nous ne désirons une réforme politique que comme acheminement à une réforme sociale.". Ou encore : "Sans cette réorganisation radicale, toutes les modifications de forme dans le gouvernement ne seraient que mensonges, toutes les révolutions que comédies jouées au profit de quelques ambitieux".
• Quant aux perfidies gratuites, telles que celles de "l'incendiaire viscéral", du lâche toujours "absent de l'Histoire", aucun des ennemis les plus virulents de Blanqui, depuis Louis-Philippe jusqu'à Thiers en passant par Napoléon III, n'a jamais utilisé pour le poursuivre et le faire condamner de telles flatteries.
• drôle de goût
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• Les premières pages du bouquin d'Onfray (celles reproduites dans Alternative Libertaire) peuvent mettre l'eau à la bouche. Enfin un texte qui va sortir du ronron habituel, qui va donner un nouveau souffle à des idées, des valeurs qui nous sont chères, qui va bousculer des certitudes (y compris les nôtres).
• Malheureusement le goût de faisandé s'installe progressivement et la pitance devient progressivement immangeable avec l'apothéose cadavéreuse des "43 camélias" destinés à enterrer une nouvelle fois Blanqui.
• Onfray, que j'ai invité dans mon émission d'actualité sur Radio-Libertaire a pu répondre à un certain nombre de critiques parmi celles exposées ici. Il a eu connaissance des notes qui m'ont servi à préparer l'émission et à faire ce texte. Le débat a été lisse...
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• Michelle Beaujan, dont la critique aurait du faire la"Une" de la revue belge Alteernative.Libertaire, avec la tête d'Onfray agrémentée d'un bonnet d'Ane, conclut son papier en se demandant si le bouquin avait été écrit pour être compris par d'autres que des étudiants ou professeurs de philosophie.
• Aux autres, dit-elle, "ce livre intelligent et prudent" mais que vous ne pouvez comprendre peut-être, risque de vous apporter "la confirmation d'un indicible abandon". En effet ! Après avoir été frappé par "le livre le plus percutant de l'année", nous voila sur le carreau, étalés au sol sans connaissance, abandonnés à notre triste sort, résignés, soumis, vaincus.
• Pour ma part je crois que la situation n'est pas aussi désespérée. Le livre d'Onfray n'est ni intelligent ni prudent sauf s'il s'agit de le considérer comme un exercice de style pour le journal d'entreprise de la "Dandy-Hedonist Company Ltd".
• L'Intelligence aurait été de réussir à ne pas décourager la révolte du lecteur. C'est pourtant bien le risque encouru (joyeusement je l'espère, par l'auteur), si l'on en juge par l'hermétisme de la forme et l'approximation du fond de ses propos.
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• Il ne m'a pas paru inutile de saisir "l'occasion" ( comme dirait l'auteur à propos de Blanqui) d'utiliser un "faux-ami" pour rétablir quelques vérités.
• Paris le 25 janvier 1998
• Archibald Zurvan (La vache folle)
Notes : 1 La Politique du Rebelle page 205
2 Opus cité page 207
3 Opus cité page 208
4 Opus cité p.301,305,306,308,309,31,316