dimanche 4 novembre 2012

1er Novembre LES SAINTS VOLEURS

SAINTE CHRONIQUE : DE LA CONVERSION  DU VOLEUR.




Premier jour de Novembre. On raconte, mais méfions nous car c’est un pape qui a fixé un nouveau jour à cette vieille histoire, que, ce jour-là, tous les saints du paradis font la fête. Même les saints convertis, comme St Paul, juif devenu catho, ont droit aux bougies et aux processions des mortels. On sait qu’un religieux ou un politicien de métier se convertissent aisément, au nom du réalisme, de la conjoncture.


                                                                                                                    

On peut craindre qu’un voleur hésite à trahir son engagement, se convertisse, qu'il renonce à accroître toujours sa fortune ou à la partager. C’est le cas du propriétaire. Ce que Proudhon explicite dans sa formule « La  Propriété, c’est le Vol » c’est l’appropriation par le détenteur du capital (la propriété) de la richesse produite par l’activité d’autrui, tant comme individu que comme collectif. Le voleur sera d’autant moins enclin à se convertir que la loi (illégitime) justifie et sacralise son vol.

Pourtant, il n’est pas aisé de dissimuler cette grossière injustice qu'est ce vol, d’autant que, depuis des années, elle ne fait que s’accroitre. Le producteur de la richesse, c’est à dire le salarié, voit son statut se dégrader. La raison en est que, par définition ce statut est inégalitaire puisque la relation «employé–employeur» n’est pas le fait d’un contrat où les deux parties sont à égalité, mais tout simplement d’un « dictat ».

Pour masquer cette fondamentale injustice, le propriétaire (capitaliste, patron actionnaire) utilise avec le concours de l’État, tous les moyens tels que la fatalité de la mondialisation -phénomène inéluctable et inévitable qui impose la suppression de tous les gardes fous protecteurs du subordonné sur le supérieur, du volé sur le voleur - le chantage aux licenciements,  le langage savant des « experts » en économie. Parmi ces mots qui veulent étouffer la réflexion et paralyser les victimes du vol, ces mots de propagande serinés chaque minute sur les télés, les radios, les journaux notons celui de « CHARGES », ces effrayantes charges  qui pèsent scandaleusement sur le dos du voleur propriétaire et dont les contribuables devront le dispenser à leurs frais. Or ce que le voleur aidé par les experts à sa botte et l’État socialiste dénomme « charges » n’est rien moins que du salaire. Cette partie du salaire, affectée sous la forme de cotisations à la protection sociale du salarié (maladie, vieillesse, famille, chômage) est le frein qui a été imposé à l’appétit démesuré du voleur. Il n'a eu de cesse que réduire au maximum le montant du salaire. Ce salaire est le fruit d’une activité productive créatrice d’une richesse qui ne lui appartient que grâce au vol légal qu’il a perpétré.

                                    

Alimentation doctrinaire de James Ensor

Parmi ces vocables du chantage à un, moindre salaire, au surcroit de productivité, au licenciement, notons ceux de compétitivité, de flexibilité, d’adaptabilité. L’un des derniers à la mode, et qui s’entend comme une démonstration mathématique, et donc imparable, est le concept de « VARIABLE D’AJUSTEMENT ».. La rémunération du salarié, le salarié lui même ne sont qu’une variable d’ajustement. Le voleur n’a même plus la moindre considération, le moindre intérêt pour celui qu’il vole. Peu importe désormais de réduire cette "variable" à la misère, de la dégrader en la privant du  logis et des conditions de survie,  de l’expulser au besoin avec le concours enthousiaste de l’État, ce n’est qu’un paramètre mathématique. !(1)

Alors, inutile d’attendre la conversion volontaire du voleur ; Voler un paramètre mathématique n’est qu’une opération de logique abstraite. La bataille pour lui remettre les pieds sur terre et le contraindre à « se convertir » sera dure. Il ne cèdera que si le rapport de force avec ses victimes ne lui est plus favorable. Réveillez vous, les dépossédés, les démunis, les filoutés, les dépouillés, les escroqués, les floués, les rackettés, les rançonnés, les sous payés, les engourdis, les entôlés, les étrillés !                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                             

























(1) voir Le Monde Diplomatique de novembre 2012. Article de C. Jakse : « Vous avez dit baisser les charges ».  Voir également Le Monde du 31 10 12 sur le record d’expulsions qui sera battu cette année. Voir aussi Le Monde du 31 10 12, article de G. Courtois sur les sans abris ; « une honte nationale à laquelle on ne saurait se résoudre »
Autres sujets abordés rapidement : le Nucléaire à Fessenheim, au Japon, les Gouvernants hommes d’affaires à l’Élysée,  Un Gallois de « Hollande », grand prêtre de multinationale compétitive de la mafia des voleurs non convertis, qui est aussi président de la fédération nationale d’accueil et de réinsertion sociale !





mercredi 10 octobre 2012

CERTAINS LIBERTAIRES ET L'ISLAMOPHOBIE


Aux  Paranos ( par anars)  de l ‘Islam





LE CHEMIN DE DAMAS



On désigne ainsi la route que le juif SAÛL, futur  ST Paul suivait pour se rendre à Damas et sur laquelle il fut converti à la suite d’un Miracle : Il vit le Christ !

L’expression« Trouver son chemin de Damas » signifie se convertir, s’amender, se corriger, se reprendre, se guérir de, se défaire de…

Juif rigoriste, chargé d’endoctriner les « Gentils », les païens, les « Goïm », les non chrétiens, SAUL se convertit au christianisme et poursuivit son travail de propagation religieuse, mais cette fois, non plus pour Jéhovah mais pour Jésus Christ. Il fut l’Apôtre des « Gentils ».

St Paul, appelé avant sa conversion du nom juif de SAÜL fut un prosélyte zélé et efficace de la religion chrétienne. Son influence, dispensant les « Gentils » de la circoncision et autres prescriptions judaïques dégagea la religion nouvelle du Judéo Christianisme et la répandit dans le Monde méditerranéen.

Sa doctrine (Paulinienne) est une mystique du Christ rédempteur de l’Humanité déchue.
L’Église est à la fois « le Corps visible et invisible du Christ ».  

On peut imaginer qu’aujourd’hui, sur Le Chemin de Damas, si SAÛL eut rencontré Allah, nous serions tous mahométans…sans être surs d’être dispensés de circoncision.

Cette hypothèse s’appuie sur le fait que Mahomet voyageait aussi en Syrie (Damas)  pour le compte de sa riche commerçante devenue sa première épouse. En outre Il eut aussi une révélation miraculeuse : Il eut la vision céleste de l’Archange Gabriel… Saül, lui, s’était trouvé nez à nez avec Dieu, devant le Christ, sur le « Chemin de Damas ». Mieux vaut avoir affaire à Dieu qu’à ses saints ou ses archanges. Donc « avantage St Paul


Mais l’idée de se reprendre, de se guérir  grâce à la découverte du « Chemin de Damas » ne concerne pas seulement les mystiques de tout poil, qu’ils le soient à mi temps ou à plein temps. Changer de dieu, de prophète ou de tout autre maître n’est pas « se guérir », se corriger, retrouver ses esprits. Avoir des visions a toujours été une porte de sortie du réel. Le visionnaire, le « Nabi » comme l’appellent hébreux et arabes est un rêveur, un songe-creux, un  illuminé, un imaginatif, un allumé, un halluciné. Grand bien lui fasse sa vision. Nous avons tous nos rêves et nos créations imaginaires, mais nous ne jouons pas les gourous, petits commerçants faisant la réclame pour vendre nos rêves en les maquillant en réalités.

Ces prophètes ces envoyés de Dieu, ces missionnaires dont l’objectif est de rayer la pensée de notre cerveau au profit de la croyance, se protègent derrière leur armure sacrée de serviteurs du Surnaturel. Ils ont choisi de croire plutôt que de penser, de faire croire et non faire penser, ils ont choisi . Ils jouent sur du velours car chacun d’entre nous, même s’il en a la volonté, ne se débarrasse pas aisément  du sacré. Ce sacré baigne, en effet, toute sa vie sociale et personnelle. Quant aux maîtres, aux chefs politiques et économiques, ils se frottent les mains. La culpabilité et le péché éternels, la vie au paradis après la mort ne stimulent pas la contestation. Prêcher la soumission à un dieu ou à un maître vaut son pesant d’or. Comme le dit Proudhon, « Islam, Résignez vous ».


ISLAM   quand tu nous tiens …


A propos d’Islam, un « appel »(1) vient de paraître condamnant l’  « Islamophobie ». Il semble paradoxalement émaner de certains libertaires, ou se prétendant tels. Trois pages pour « condamner » un mot qui n’est jamais défini, sauf après une page et demi de cris de condamnation, pour dire : « L’islamophobie n’est pas un concept flottant…mais une politique de l’État post colonial… ». Affirmation déjà contestable : l’État, comme dit plus haut, a intérêt à s’appuyer sur les religions, tout en prétendant être « laïc ». Il les finance. En même temps, pour justifier ses carences à l’égard des populations les plus pauvres et cacher sa volonté de ne rien changer à l’injustice sociale, il pratique une politique de violence sécuritaire provoquant et excitant les désordres, s’acharnant sur les victimes de sa politique pour mieux faire oublier qu’il en est le seul responsable. Ces victimes, d’origines diverses, principalement étrangères de naissance ou par hérédité, sont issues pour le plus grand nombre des anciennes colonies d’Afrique et de tradition religieuse musulmane. Il est donc facile pour les États utilisant cette main d’œuvre la plus exploitée et la plus pauvre, de la stigmatiser et de justifier sa propre violence, en pratiquant l’amalgame avec les petits groupes terroriste musulmans. Cette attitude de l’État , mise en montre par les médias officiels, fait des émules parmi la partie la plus réactionnaire de la population.

Il est donc surprenant que, dans un article d’un hebdomadaire anarchiste bien connu, on retrouve le même genre de considérations déplacées sur les positions des anarchistes sur la religion mahométane et sur les populations qui la pratiquent. C’est justement parce que nous sommes athées, anti théistes dirait Proudhon, que notre combat contre les religions est lié et n’a de sens que si parallèlement  notre rôle est de privilégier ces populations dans nos efforts d’explications du réel, de démystification et de coopération aux luttes sociales qu’elles mènent.

Alors on s’étonne de lire dans ce journal  que caricaturer une religion est « méprisant » et « raciste » (sic). De même dire que, les musulmans étant un milliard, on devrait feindre d’ignorer le comportement de quelques uns, quelque soit le bien fondé ou l’erreur de leur position, est incroyable. Il est vrai qu’un « canard » satirique condamne le blasphème au delà de un milliard et demi de musulmans et brandit « sa trique » sur la tête des affreux caricaturistes. De même, parler d’une « identité » permettant aux pauvres des pays ex colonisés de « relever la tête » grâce à l’affirmation de leur foi religieuse, est atterrant. Comme si l’identité d’un individu était d’être « le même », identique, simple élément impersonnel du troupeau communautaire. S’agenouiller sur un prie dieu ou à même le sol n’a jamais permis de « relever la tête ».  

Mais tout ceci n’a rien à voir avec une soi disant « généralisation » d’un concept, « l’islamophobie », qui, comme le dit Salman Rushdie, également critiqué, n’existe pas. Quant aux trois pages de l’ « appel » et aux articles de presse, ils ressemblent à une simple logorrhée. Leurs auteurs accusent au hasard et sans explications, sans les citer ceux qu’ils traitent d’islamophobes. Les accusations pleuvent : dix fois celles de racisme, puis celles de connivences, de compromissions, de discours marginal, d’assignation des fils d’immigrés à l’Islam, à la réaction, celles d antisémitisme  blasphématoire…

Enfin, la seule explication plausible à ce délire pourrait être d’ordre social et non religieux. Parmi les travailleurs victimes des mêmes injustices, se trouvent des « croyants » de toute obédience. Leur croyance fait partie de leur intimité, de leur vie personnelle. En tant qu’individu, en tant que personne privée, qu’il soit croyant ou non, chacun a droit au respect et à la défense de sa dignité.  Mais sa religion, sa croyance n’a rien à faire dans le champ social, celui du combat contre les injustices, contre l’exploitation dont il est comme d’autres, victime.
                                                                                                                                  
On peut souhaiter que les auteurs de ces piètres libelles trouvent enfin « leur Chemin de Damas », qu’ils se guérissent de leurs élucubrations et réussissent à se débarrasser de  leur phobie (2) paranoïaque de l’islamophobie.

AZ.  10 octobre 2012

(1) Appel des libertaires contre »l’islamophobie »
(2) Forme de névrose caractérisée par la crainte morbide de certaines idées. (Grand Robert). Cette maladie mentale est invoquée habituellement par les régimes totalitaires pour s’opposer à toute expression d’opinions dissidentes.



























jeudi 4 octobre 2012

JEANNENEY ÉDITE "NI DIEU NI MAîTRE"

A propos de la brochure n°4 LES ANARCHISTES, Ni Dieu ni Maître.

Ce courrier répond à l'article de J N Jeanneney, paru le 15 septembre dans le Monde, et présentant ces anthologies sur l'insoumission et la rébellion.  C'est une critique de cette présentation.  


BON CHIEN CHASSE DE RACE …

Sous le titre peu conformiste « Éloge de l’Insoumission », le journal « Le Monde » présentait le 15 septembre 2012 une  collection, dirigée par Jean Noel Jeanneney, de « dix anthologies originales », intitulée « Les Rebelles ». Le choix d’un ancien secrétaire d’État au commerce sous François Mitterrand, fils d’un ministre d’État du général de Gaulle, s’imposait. Jean Noel Jeanneney avait, en outre, comme grand père, Jules Jeanneney, également ministre d’État officiant pour le même De Gaulle après avoir, en 1940, présidé la séance de l’Assemblée Nationale donnant les pleins pouvoirs à Pétain.

Les « Insoumis », les « Rebelles » allaient être servis. L’État, par le biais d’une honorable dynastie de ministres allait s’occuper d’eux. L’agrégé d’histoire, Jeanneney, allait protéger la patrie, des rebelles. Se révolter, d’accord, mais pas contre l’État, sauf s’il est soumis lui même à un État étranger. Les « éloges » à l’adresse des insoumis allaient être distribués avec parcimonie. Ces résistants des années 40, étaient-ils conscients d’obéir au grand maître auto proclamé du combat contre l’occupant allemand, ce général réfugié à Londres et qui devait devenir « l’homme du coup d’État permanent », le bâtisseur d’une « démocrature », la 5ème république ? Non. Ils étaient, selon leur aventure personnelle dans les FFI, les FTP, l’Armée secrète ou simplement réfractaires au service du travail obligatoire en Allemagne. Pour eux, un général, quelque soit son camp n’est jamais un « insoumis ». Seuls, certains historiens, et surtout les hommes d’État ont besoin d’un Panthéon pour rebelles.

Après les anthologies d’Aubrac,  de Jean Moulin, Jeanneney poursuit : « En attendant de Gaulle ». Il veut  nous mettre l’eau à la bouche. Vous allez voir ce rebelle !
Lorsqu’il parle des révolutionnaires de 1848, ce n’est pas pour évoquer les raisons de leur révolte, mais pour « rendre une pleine fraicheur à leurs enthousiasmes piétinés ». La « pleine fraicheur » des massacres de milliers de parisiens, par le général Cavaignac sous les ordres d’un État assassin. Quant aux anarchistes, ils ne peuvent qu’avoir du sang plein les mains. Ils ont osé prétendre que l’État est, pratiquement toujours, « étranger au droit, indifférent à toute idée morale, un simple instrument de force », selon la formule de Proudhon. Pour ajouter à son ignorance, Jeanneney parle d’un « absolu intellectuel d’un rejet de l’État» qui serait le fondement de l’idéal et du combat anarchistes et qui ne pourrait conduire qu’à « des conséquences sanglantes ». S’il est une philosophie, une morale qui exclut toute référence à un dogme, une transcendance, une idée fixe, c’est bien l’Anarchie. L’État n’est pas sacralisé ; il n’est pas une abstraction. Il est concrètement le fait de gouvernants s’appuyant sur la richesse, la religion et la force pour maintenir le « désordre  établi ». Bourdieu, dans ses conférences au Collège de France sur l’État, soulignait que la longue histoire de l’État centralisateur permettait d’observer la progressive sophistication  de la « Violence physique » (Police, Justice, Armée, Contrôles, Espionnage, Expulsions  etc) mais surtout de constater l’explosion de la « Violence symbolique » qui s’exprime par le formatage des individus acceptant, voire faisant leurs, des règles injustes ou inutiles et devenues ainsi des « idées fixes » indiscutées et universelles parce qu’imposées  par l’État.

 Quant à la chaine conséquente des « serviteurs » de l’État, elle ne fait que s’accroître. En même temps des « économies » sont  annoncées à grand bruit par la suppression de postes garantissant la sécurité et la quasi permanence de l’emploi, liées au statut des fonctionnaires. La précarisation de l’emploi, le nouveau statut « privé » et « flexible » des détenteurs de l’autorité dite « publique » contribue à la dégradation du service aux usagers. Plus insidieusement, elle fait pénétrer progressivement, dans des domaines de la vie intime, privée et sociale sans rapport avec son rôle ancien,  un interventionnisme d’État étouffant toute initiative individuelle libre. Au sommet de ce modèle de domestication étatique, hommes d’État et financiers sont interchangeables. Le « Think Tank », ce char d’assaut de la pensée unique, baptisé « En Temps Nouveaux », est composé de banquiers et d’hommes d’affaires pour les trois quarts. Il n’est pas étonnant que Jeanneney en tant qu’ancien homme d’État, en fasse partie. La soumission des plus défavorisés aux bienfaits du libéralisme est la préoccupation principale et le thème favori des colloques de ces valets du Capital.  

Pour ne pas limiter ses éloges de l’insoumission à des figures connues de la Résistance de 1940 /45, l’honorable historien a déniché Voltaire et son « Affaire Calas », Mauriac l’insoumis familial et son « Famille, je vous hais ! », et enfin Victor Hugo. Ce n’est pas sans une audace rebelle que ce Pair de France, réfugié à Guernesey, osait disserter sur « Napoléon le Petit ». Le même Victor montrait son vrai visage quand il écrivait, dans le journal « Le Rappel » en avril 1871 après les massacres d’État d’Adolphe Thiers sur les Parisiens, lors de la résistance aux Prussiens et de la mise en pratique de l’autogestion anarchiste par la Commune de 1871 : « je suis pour la Commune en principe et contre la Commune dans l’application ».

Qu’une baderne d’État, comme cet ancien secrétaire au commerce se lance dans l’éloge de l’insoumission ce ne peut être qu’un faire semblant, un faire valoir. Restons en aux principes. Fi de leur application ! La « vraie » rébellion doit savoir éviter de s’en prendre à l’État et s’en tenir à des projets de « réforme modérée dans les limites de la loi ».

Camus disait, a propos de ces politiciens de métier et de tradition : " ce sont des hommes sans idéal et sans grandeur". Il notait dans ses Carnets : "Chaque fois que j'entends un discours politique, je suis effrayé de n'entendre rien qui rende un son humain ; ce sont toujours les mêmes mots qui disent les mêmes mensonges".

Et pendant ce temps les assassins d’État poursuivent leurs forfaits. Leurs crimes sont enrobés de discours fatalistes, lénifiant ou agressifs. Hugo qui n’a pas énoncé que des sottises, écrivait dans son roman 93 : « Tant qu’il  y aura des grimauds qui griffonnent, il y aura des gredins qui assassinent ». Griffonner une dizaine d’ « anthologies originales » sur « Les Rebelles » relève du formatage journalistique autant qu’étatique des cerveaux. Sous prétexte de magnifier un vieil épisode de la résistance contre un État étranger envahisseur (avec en prime quelques littérateurs), on masque les réalités d’aujourd’hui qui justifieraient la révolte et l’insoumission à des comportements publics contraires à toute moral et au respect de la dignité de chacun. Un « homme d’État », un certain  L Jospin, pour justifier son aveuglement sur les véritables causes de la misère et du non respect des lois les plus violentes, s’abritait derrière une façade de gredin : il se repentait, pour expliquer son inertie, parlant « d’excuse sociologique ».(1)

Aujourd’hui, pourquoi l’Insoumission est elle nécessaire, voilà le vrai sujet ! AZ 01 10 12

(1) Le Monde du 26 septembre 2012. Débats : Didier Fassin, « Priorité  à l’ordre et obsession sécuritaire… »


samedi 29 septembre 2012

ONFRAY DETOURS SUR LE BANC




C’était, dans les années 50, une émission de philosophie au quotidien, le dialogue sans grands mots pompeux qu’on écoutait à la Radio, de deux pékins à la parole et à la voix de clochards, jouée par deux comédiens, Jane Sourza et Raymond Souplex.

Nous avons voulu, en ces temps de « philosophie et d’universités populaires », renouer avec cette façon simple et enjouée de dessiller les yeux et de stimuler les neurones de ceux aux quels les maîtres à penser, les donneurs de leçons veulent faire prendre des vessies pour des lanternes.

Le sujet d’aujourd’hui est l’histoire de l’un de ces gourous dont l’ascension fulgurante défraye depuis près de 15 ans la chronique. Son pré carré fut, dès l’origine la rébellion. Il vint en février 1998 présenter dans une radio anarchiste son livre  « La Politique du Rebelle ». Pendant cette période il déclina, à travers une montagne d’opuscules contestataires sa philosophie pratique de la « résistance et l’insoumission ». Jusqu’à ce mois d’aout  2012 ou la municipalité conservatrice d’Aix en Provence annonça une nouvelle surprenante, nommant notre philosophe rebelle maitre d’œuvre d’une exposition sur la révolte. En l’occurrence « L’Homme Révolté » d’Albert Camus.  (1) Annonce suivie, un mois plus tard par le renoncement de l’intéressé
C’est ce parcours original qui nous a inspiré ce dialogue.

UN « RIEN » NOUS AMUSE…

Archie : Dis donc Inana, quel parcours remarquable il a fait Michel Onfray depuis notre interview en février 1998, (2) sur Radio Libertaire, à la parution de son bouquin « La Politique du Rebelle, Traité de résistance et d’insoumission » ! Le voilà, qu’à peine nommé commissaire, commissaire d’une exposition sur « L’Homme Révolté », certes, mais commissaire tout de même, il se défile, il abandonne toute résistance, il se soumet à ce qu’il appelle la haine et les « haineux » qui l’invectivent ! Et par-dessus le marché, il renonce à son adoubement comme père fondateur d’un Musée Camus à Aix en Provence ! Ne crois-tu pas que cette défaite il la doit à cette mensongère et attirante étiquette de « rebelle » qu’il y a près de 15 ans, il venait promouvoir sur Radio Libertaire ?

Inana : Oui, sûrement Archie. A l’époque il a dû penser que l’histoire d’un rebelle, d’un insoumis, d’un résistant auquel il s’associait, pouvait faire vibrer et faire peur au point d’attirer les foules et de séduire les médias. Un peu comme les aventures de Zorro ou d’Arsène Lupin. A partir de là, il a vendu ses bouquins en quantité et les médias l’ont invité en permanence. Oui, en effet, le «rebelle » ça paye, et plus encore, le « faux rebelle ». !

Archie : En effet son résistant n’est pas n’importe quel rebelle. Comme il l’écrivait alors, il fallait rester « réaliste ». Fini « l’anarchiste à l’ancienne », le résistant empêtré dans des « utopies millénaristes ». Résistant comme un « condottière », comme un « dandy révolutionnaire », d’accord, mais qui savent s’adapter aux situations concrètes. Son adresse à Blanqui - l’éternel résistant « inflexible » alors qu’il aurait pu être un « renégat » - et l’hypothèse qu’il aurait pu être plus réaliste  (« Si vous l'aviez voulu, vous Blanqui, à force de compromis vous auriez pu être un Gambetta, un Jules Ferry..."), illustrent bien sa détestation d’une morale étriquée. Il a su, lui, accepter, pour devenir un commissaire, les propositions concrètes d’une municipalité qui venait de chasser un historien, spécialiste de la résistance anti colonialiste en Algérie notamment. Qu’en penses-tu ?

Inana : Oui, je sais, cette histoire a fait du bruit. La preuve, sa fuite en rase campagne. Le respect de la dignité de l’autre, la morale des hommes, fondement de l’Anarchie, il n’en a cure. Il se contente de dire avec désinvolture que Stora est un « impeccable » historien. S’il prend sa place, ce n’est pas son problème ! En outre il se prend pour Camus ; Camus, c’est lui ! Grace à son bouquin sur l’« Ordre Libertaire », il va être, lui aussi, l’homme révolté.  Il n’allait pas manquer l’occasion de se lancer dans le commissariat d’art et de poser la première pierre d’un Musée Camus. Ce serait un peu son Musée. Et puis, patatras, il se déballonne, il montre à quel point son intérêt pour Camus et le « désordre » libertaire étaient profondément enracinés dans sa petite tête d’orfraie.

Archie : Et puis, Inana, ne crois-tu pas que mettre au Musée « L’Homme révolté » avec Camus était un peu comme si on endormait, en la solennisant, la révolte ? Cela ressemble à l’idée de Sarkozy de muséifier Camus au Panthéon. Le Musée n’est pas un stimulant pour l’insoumission. Finalement la « fuite » du « commissaire » est une bonne chose.

Inana: Ce qui comptait pour lui c’est qu’une immense cohorte de visiteurs vienne remplir le Musée pour admirer l’œuvre de l’artiste qu’a été Camus. La présentation de cette œuvre par lui-même les aurait incités a entrer dans l’actuelle interprétation qu’il propose, même si elle est discutable, de la magistrale pensée de Camus. Cela aurait été un travail « pédagogique » comme celui qu’il présente dans ses livres, qui se vendent par milliers d’exemplaires, dans les gradins bondés de  son université, devant les millions de spectateurs de la télévision ou d’auditeurs  de France Culture.(3)

Archie : Cet appétit qu’il a pour attirer les foules par tous les moyens ne risque-t-il pas de transformer ce qu’il appelle une « action pédagogique » en un simple spectacle, comme sur une scène où l’assurance, la vitesse du débit parlé, la séduction de l’acteur neutralisent la réflexion critique et donc l’aspect pédagogique du propos? Et cette forme d’auto publicité, de mise en scène sur la place publique, ne conduit-t-elle pas à ce que la secte des Raëliens (4) lui décerne le titre de grand prêtre honoraire, initiative que, vexé, il repoussait avec mépris, ou qu’on lui propose d’être candidat à une élection présidentielle ?

inana : Possible, nous sommes en plein dans une société du spectacle. Il te dirait qu’il faut vivre avec son temps sans faire la fine gueule. L’homme révolté, le résistant doit savoir s’adapter à cette société, même s’il la critique. Et son insoumission doit, comme dirait Camus, garder la mesure. Il vient d’en faire preuve en cédant à la critique publique.

Archie : Non car la « mesure » dont parle Camus n’est pas la modération ou la dissimulation dans l’action du révolté.  Pour Camus, le révolté « fait face », fait « volte-face » sans ambiguïté pour défendre les valeurs de justice et de liberté. La mesure est celle des conséquences à prévoir de l’acte de révolte  qui seraient contraires à ces valeurs. La vision de Michel Onfray de la « mesure » de Camus ressemble au titre d’un parti politique imaginé par l’écrivain Iaroslav Hasek : « Le Parti pour une réforme modérée dans les limites de la loi ».(5) N’est-ce pas, comme on l’évoquait tout à l’heure, endormir la révolte ?

Inana : N’oublie pas que son révolté n’est pas exactement celui de Camus. Il n’est pas de ces anarchistes qui croient encore à cette « vieille lune » qu’est l’Anarchie (6) et qui ne sont que des bolcheviques (7). Il n’est pas de cette famille. Il est capitaliste antilibéral et libertaire ou encore « post anarchiste ». La résistance, pour lui, prend un tout autre sens.

Archie :  Veux-tu dire par là que, 15 ans après, il n’écrirait plus « La Politique du Rebelle », ce rebelle violent et agressif, cet insoumis, mercenaire stipendié, cette véritable « bête de proie » comme il le désignait en nous le présentant au cours de notre dialogue sur notre radio anarchiste ? Son révolté serait-il devenu un « post rebelle » comme ce « post anarchiste » qu’il prétend être ?

Inana : Oui, on peut déduire de ce lent glissement vers la résignation du rebelle, que le « post anar » est pour des petites « révolutions », des bouleversements « moléculaires ».(8) Un exemple en est la création de son Université populaire. Selon lui, le combat, aujourd’hui, doit prendre des formes minimalistes, constructives, au besoin préparées en secret. Il l’a d’ailleurs déjà dit dans un de ses livres : « Je propose une machine de guerre qui, sur le principe du cheval de Troie, entre dans la ville pour y mener son combat de résistance, d’opposition et de vie alternative au monde trivial ».(9)

Archie : Ne crains-tu pas que cette vision minimaliste et dissimulée de la révolte, de la résistance, et le mépris avec lequel il parle d’un « monde trivial » ne conduise le rebelle au renoncement ? Ainsi rentrerait, désabusé et soumis, au Musée, « l’Homme Révolté ».

Inana : Non, car avant le Musée, il y aura pour lui le jardin, ce jardin d’Epicure qu’en tant qu’hédoniste post moderne Michel adore. Et il voyagera car ce jardin sera « hors les murs, non plus sédentaire et géographiquement clos et localisé ». Il disposera de son « jardin nomade, portatif, mobile », qu’il emportera avec lui « partout où » il se trouvera. Divin délice puisque « sans conteste le jardin procède de l’oasis et que l’oasis fournit un concept qui devient le paradis » ! Il sera comme « ces caravaniers » qui, « ayant conduit leurs troupeaux de chameaux…dans la fournaise, trouvent des bénédictions dans ces points d’eau ».(10))

Archie : Un paradis, des bénédictions, un jardin nomade et portatif qui pourrait être autant celui d’Épicure que le « « jardin d’Eden !  Inana, ne crois tu pas que ses dures années d’adolescence dans un pensionnat catholique et ses 20 ans d’enseignant au lycée technique catholique Ste Ursule de Caen ont conduit Michel, peu à peu, sans qu’il en prenne conscience, vers une forme nouvelle de religiosité inspirée par les dogmes chrétiens ? Et, après tout, puisqu’il prétend, en ce qui concerne chacun d’entre nous, qu’« on naît philosophe, on ne le devient pas »(11), cette prédestination peut très justement l’avoir touché et avoir fait de lui un adepte, sinon un philosophe prophète, d’une nouvelle foi dans l’éternité heureuse de l’hédonisme.

inana : C’est  vrai que, comme il l’a déjà dit, il « aspire à la sainteté ».(12) Bien sûr, il s’agissait pour lui de mener une vie droite et pure, d’aspirer à une rectitude de paysan pour supporter le jugement de son père et non pas de « notre Père ».  Même si il admire les premiers chrétiens, il abhorre, il abomine l’Église. Pourtant, le commandement « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front » doit lui être familier. Il « confesse » : « Je suis travaillé par une névrose de travail, une névrose d’écriture ».(13) Cette obsession de l’écrit, le fait qu’il trouve que tout va trop lentement dans la vie, explique sans doute la prolifération de ses ouvrages.

Archie : Cette pathologie dont il dit souffrir, cette névrose obsessionnelle si bien décrite et analysée par Freud, ne l’a-t-elle pas conduit à procéder, dans ses écrits et ses discours, par affirmations péremptoires, et à chercher, pour étayer ce qui ressemble à des convictions incontestables, un bouc émissaire chargé du poids de sa détestation ? Crois-tu que les épithètes les plus grossiers dont il affuble Freud, Sartre et bien d’autres de ses boucs émissaires, contribuent à illustrer la rigueur méthodologique et la pondération d’un philosophe ? Sa névrose d’écriture ne débouche-t-elle pas sur une forme d’hystérie lorsqu’il traite d’assassin (14) l’auteur de « L’Unique et sa propriété », Max Stirner. Il est vrai que Max Stirner se considérait, avec ceux qui avaient compris son « chant », comme un « chevalier du doute », radicalement opposé en cela au mode d’expression de Michel Onfray, à ses formulations dans lesquelles le « doute » n’a pas sa place.  Que dirait Nietzsche, son mentor, qui écrivait : « Les convictions sont les ennemis de la vérité plus dangereuses que les mensonges ».(15)

Inana : Peut-être as-tu raison, et Nietzsche le trouverait trop sûr de ses convictions, mais, si mensonge il y a, il ne fait que paraphraser celui de Camus qui ne voit dans Stirner qu’un blasphémateur individualiste, précurseur « des formes terroristes de l’anarchie ».(16) Même si cette affirmation, cette « conviction » de Camus quant à l’interprétation de la pensée de Stirner, est plus « dangereuse qu’un mensonge », tu ne peux t’en prendre à Michel Onfray. Après tout, c’est la vie philosophique d’Albert Camus qu’il raconte, même si elle s’inscrit dans son « Ordre Libertaire ».

Archie : N’empêche, plutôt que de traiter Stirner d’assassin, sur France culture, Michel aurait pu souligner les points communs entre les deux « artistes ». Même si Camus a été marqué par ce qui pourrait passer pour une « glorification », une « sacralisation » de l’individu, de l’Unique, le but de Stirner n’était pas de passer d’une « sacralisation » à une autre. Pour lui la construction de l’unique, de sa personnalité et donc de sa force critique et créatrice ne pouvaient naitre que de la démolition de toutes les idées « fixes », de toutes les notions que la Société nous amène, consciemment ou non, à considérer comme sacrées, c’est-à-dire intouchables, incontestables, inhérentes à la vie sociale. La vision négative de la pensée de Stirner par  Camus peut s’expliquer par le contexte historique. Dans l’affrontement, dans les années 50, entre deux modèles d’organisation sociale, communisme – capitalisme, l’individu ne saurait se targuer d’une quelconque prééminence sur le « collectif », ce dernier se prétendant le garant de l’autonomie et de la liberté individuelles. Camus a cru que Stirner sacralisait l’unique. Au contraire, c’est du fardeau des « idées fixes », des « absolus », des défroques que le collectif considère comme « sacrées », que Stirner invite l’unique à se débarrasser, tout en soulignant l’ampleur et la difficulté de la tâche. Cette entreprise de « construction » de l’unique , la formation de sa personnalité, de sa spécificité autonome, rejoignent la préoccupation fondamentale de Camus.  Pour Camus le risque existe que la « Révolution » installée n’étouffe l’esprit de vie et de révolte indispensables à la Justice et à la Liberté. Il aurait été plus judicieux de comparer l’Unique à l’Homme révolté. L’un et l’autre ne peuvent être de simples « spécimens » d’humanité, des membres indéfinis, des « créatures » du troupeau. Leur force particulière, leur volonté critique au sein du groupe, la « culture de soi-même » disait Fernand Pelloutier, en font des résistants, des révoltés.

Inana : Bien sûr, mais, comme tu as dû le remarquer, le rebelle d’Onfray a mis un peu d’eau dans son vin. Il est devenu plus accommodant. Il le voit bien en « dandy hédoniste » insoumis. En lisant son mentor, Nietzsche, il a voulu faire de son rebelle un « sage », mais un sage tragique. Il l’a souvent dit : « La sagesse tragique consiste à comprendre que le réel est volonté de puissance et que si l'on veut se rebeller contre cela on se prépare à souffrir. Si vous ne voulez pas souffrir, alors consentez au réel tel qu'il est ». (17) Ses formules de « micro révolutions », de « jardins nomades portatifs » illustrent cette conception… originale (d’après lui) de la post rébellion qui refuse la souffrance.

Archie : Nous voilà revenus au Musée du Rebelle, du Révolté. Inana, crois-tu vraiment qu’en renonçant à ce mandat de « Commissaire » d’un Musée Camus et de maitre d’œuvre d’une exposition sur « L’Homme Révolté », Michel Onfray ait pris conscience qu’il n’était pas en mesure de « faire face » et d’assumer de façon cohérente cette entreprise pédagogique ? Sa démission apeurée n’est elle pas le signe qu’il va enfin pouvoir continuer sans retenue, à satisfaire devant son public populaire de son université, celui des télévisions et de France culture ( !) ses foucades de dandy passionné d’esthétique spectaculaire et de prédicateur festif ? On n’a pas fini d’entendre les lamentations et les vociférations du persécuté…

Inana:  Oui, je crois que tu dis vrai et que son « rebelle »  de notre entretien de février 1998  s’est peu à peu transformé de « bête de proie » en simple personnage de bande dessinée. Mais, après tout, ce passage, n’est-ce pas le sort de tous les « réalistes» ? Comme il l’écrivait à l’époque : Auguste Blanqui aurait pu « à force de compromissions, devenir un notable conservateur », qui aurait participé au pouvoir en abandonnant son idéal. Et puis, Albert Camus a dû lui donner envie d’être ce dandy si bien décrit dans « L’Homme Révolté ». Camus écrit : « Le dandy crée sa propre unité par des moyens esthétiques…Vivre et mourir devant un miroir, telle était selon Baudelaire, la devise du dandy… Le dandy est par fonction un oppositionnel. Il ne se maintient que dans le défi… Dissipé en tant que personne privée de règle, il sera cohérent en tant que personnage… Mais un personnage suppose un public… il ne peut s’assurer de son existence qu’en le retrouvant dans le visage des autres. Les autres sont le miroir. Miroir vite obscurci, il est vrai, car la capacité d’attention de l’homme est limitée. Elle doit être réveillée sans cesse, éperonnée par la provocation. Le dandy est donc forcé d’étonner toujours… Être seul, pour le dandy, revient à n’être rien… ». (18)

Archie : Ce sera, pour ce pauvre Michel, le moment de là « sainteté », de la méditation hédoniste devant le miroir, de l’homme de peu, du dandy effacé, évanescent, fantomatique. Je crois qu’il n’y a « Rien » à ajouter.

(1)      Libération mardi 14 et mercredi 15 Aout 2012
(2)       Blog : http://archibaldzurvan.blogspot.fr/2007/09/test.html
« Onfray sur Radio Libertaire »
(3)      Libération du 27 août 2012 ; « Michel Onfray a-t-il toujours sa place sur France Culture ». Par Michel Vignard, professeur de philosophie, écrivain, critique au magazine Art press, et producteur délégué à France Culture !
(4)      « Faut il préciser que je ne crois pas aux soucoupes volantes… Vorhilon, ce pauvre type… ce type est nauséabond, abruti…Mais plus puants encore ceux qui colportent les immondices qu’il charrie. S’il existe des « prêtres honoraires » à la secte, nul doute qu’on peut proposer des noms de journalistes et des supports qui les appointent. » Michel Onfray jeudi 16 mars 2006
(5)  Histoire du Parti pour un progrès modéré dans les limites de la loi, en 2008, édition Fayard.
(6) Revue Lire, supplément « Philosophie », à l’occasion de la parution du 4 ème tome de son « Journal Hédoniste » un Abécédaire de M Onfray : … «il n’y a pas d’Anarchie, mais seulement des preuves concrètes d’anarchisme ; dès lors, on trouve moins d’anarchistes au  Monde Libertaire, à Radio Libertaire ou dans les prisons dans le secteur des terroristes, que sur le terrain, actifs et praticiens ».
(7) Dans son produit, « La Pensée de Midi », Onfray, dès la première page traite les anarchistes de « .. tenants du dogme anarchiste - frères en cela des bolcheviques ». En outre, dans un échange du 20 décembre 2007 avec les anarchistes, il écrit : « …pour ma part, j’ai fait mon deuil : cette famille a cessé d’être la mienne (et j’ai bien eu tort de le croire un temps)…. »
(8 )  Revue « LIRE » Février 2006
(9)   La Communauté philosophique, Éditions Galilée. 2004, p 17.
(10) La Communauté Philosophique  p 17, 19.
(11) La Communauté Philosophique  p 109.
(12) La revue  LIRE, février 2006.
(13) la revue LIRE,  février 2006.
(14) Conférences d’Onfray, Été 2012 sur « France Culture ».
(15) « Humain, Trop Humain » 1878.
(16) Camus , L’homme révolté,  oeuvres complètes Tome 3 p 115.
(17) La revue LIRE  février 2006.
(18) Camus, L’Homme Révolté, oeuvres complètes Tome 3 p. 105




Archibald Zurvan et Inana, le 29 Septembre 2012.


samedi 21 avril 2012

Un Système producteur de Mort.



Sous le titre « Le poison de l’Industrie »,  le journal Le Monde, dans sa rubrique « Écologie », relate l’histoire présente d’une grande société chimique (Arkhama, 1800 ouvriers). Considérant son affaire comme non rentable, le propriétaire arrête la production et brade l’ensemble à un fonds spéculatif suisse, mettant sur le carreau ses 1800 ouvriers. Or, il se trouve que les produits chimiques fabriqués depuis des années sont toxiques et ont été à l’origine d’affections plus ou moins graves chez nombre de travailleurs, mais aussi mortelles.

Au combat mené contre les propriétaires anciens ou nouveaux,  pour garder une activité rémunératrice, s’ajoute la fondamentale question de la suppression d’une production mortifère touchant les ouvriers, les populations environnantes et les utilisateurs,  suppression assortie du combat pour la recherche d’une solution garantissant le maintien du revenu des salariés concernés.

C’est ce double combat qui a été évoqué, sous des angles différents, dans une émission de France Inter(1) ainsi que par l’association « Pièces et Main d’œuvre »(2) qui bataille contre la nocivité des nouvelles, anciennes et inutiles productions. Elle lutte en effet contre ce que le journal Le Monde appelle les « Poisons de l’Industrie » issus de l’idéologie productiviste, consumériste du capitalisme,  fruits d’une logique de croissance, d’une « Science sans conscience » mettant l’homme au service de la machine au lieu de l’inverse.

Dans ce double combat deux logiques s’affrontent : l’une limite son objectif à la remise en activité de l’usine pour produire le même matériau, mais en obtenant du propriétaire des garanties pour une meilleure sureté et un contrôle accru du mécanisme de réduction des effets nocifs de la fabrication du produit. L’autre remet en question cette solution et estime nécessaire d’arrêter la fabrication d’un tel poison.

Il va de soi que, dans cette deuxième hypothèse, et pour régler le problème du revenu des ouvriers ainsi que l’élaboration d’un projet de reconversion de l’outil de travail, seule l’expropriation du propriétaire de l’usine et sa prise de possession par le collectif ouvrier constitue un facteur de succès dans ce combat.

Sont alors remis en cause le droit pour le capital de confisquer à son profit la richesse produite par les seuls salariés, de même que l’appropriation et la direction par le capitaliste de l’outil de travail. Enfin c’est la disparition du contrat inégalitaire de travail, le salariat, au profit du contrat égalitaire coopératif et mutuel.

Il s’agit donc bien de ne pas nier que le fonctionnement du système économique capitaliste est irréversible et ne peut survivre que dans la croissance permanente du couple produire et consommer. Aucune régulation de ce mécanisme ne doit nuire à son efficacité. Les organes de contrôle de la production de biens et services, quand ils ne sont pas directement tenus par les agents du capitalisme, ne peuvent être que des freins à contourner ou des faux semblants, quelque soit la volonté et la morale de leurs responsables. L’exemple des agences de sureté sanitaires, nucléaires, industrielles en général illustre ce phénomène. Elles n’ont pu éviter les récentes catastrophes. L’objectif  du profit maximum, soit par entente, soit par absorption, soit par élimination du concurrent est incompatible avec l’intérêt général et la vie même des sociétés. La fin justifiant les moyens, le principe même du Contrôle est attentatoire aux fins poursuivies. Cicéron disait déjà : Qui contrôlera les contrôleurs ? (« Quis custodet custodes ipsos ? ».)

Pour conclure, en cette période de destruction avancée du tissu industriel français et du reste des protections sociales des travailleurs, de l’effarant gonflement simultané des profits du Capital et de la pauvreté, il apparaît indispensable de ne pas accepter l’inacceptable. Au moment ou se déroule le défilé des marionnettes de la « Foire  du Trône » citoyenne, ou les pires ennemis de l’environnement sont ceux qui, prétendant le défendre, mènent la dure bataille pour poser leur postérieur sur un siège de député, il est temps de rompre avec les structures économiques, sociales bâties par la « Féodalité financière », étayées par une Constitution monarchique issue du Coup d’État d’un général, fruit de la démission et de la lâcheté des « représentants du Peuple ».

Dans le journal Le Monde du 18 avril, on pouvait lire les réponses de deux jeunes interrogés sur ce qu’ils souhaitaient voir jaillir du vote présidentiel. L’une parle de « grandes messes pour accéder au misérable trône de France…moisi de l’intérieur ». L’autre est sans appel : « Un taux record d’abstention ».  Grace au combat aboutissant à une volumineuse abstention, disait Proudhon, le pouvoir est mis hors la loi. L’insurrection est légitime.

  
(1) Émission « Là bas si j’y suis » du mercredi 4 et du jeudi 5 avril 2012…
(2)  Pièces et Main d’œuvre.

samedi 3 mars 2012

FAIS PAS TON CINÉMA

Chronique ciné : « Les chiens de garde »

Triste constat ! Il fut un temps où les chiens  aboyaient quand passait la Caravane. Finie, cette époque où la roulotte de leurs maîtres excitait la révolte de la gent canine. Aujourd’hui, le Cador monte dans la Caravane. Il se précipite pour lécher les bottes de son maître et faire le beau,  saliver pour recevoir son sucre.

Le documentaire de Gilles Balbastre et Yannick Kergoat qu’ils ont intitulé, par référence à deux titres de bouquins signés, l’un par  Paul Nizan, « les chiens de garde «  (1932) et l’autre par  Serge Halimi (1997), « les Nouveaux chiens de garde »,  raconte les mésaventures de ces journalistes empressés de satisfaire aux caprices de leur patron. Une série de tableaux instructifs nous fait participer, heureusement en tant que simples spectateurs, aux turpitudes de cette secte arrogante et puissante, composée de journaleux, d’économistes de bazar, de politiciens et financiers véreux (pléonasme) et de capitaines d’industrie à « l’intelligence économique » sur développée.

Quand on voit Arnaud Lagardère, rigolard, flatter la croupe d’Elkabach chez Drucker, comment ne pas penser à cette société du spectacle dont parlait Debord ? Un spectacle qui ne fait pas rire, car nous faisons lourdement les frais de la mise en scène. Bien sûr les pitreries d’Alain Duhamel s’égosillant à démontrer que la presse, les médias comme on dit, sont libres pour la lumineuse raison que plus de cent « chaines » (de télé) au lieu de deux seules du temps du Général,  rendent plus « libre » le téléspectateur de disposer d’informations diverses et concurrentes  et de mieux se faire son opinion, on peut rire. Mais le tragique c’est que ce personnage, comme ses complices, martèle chaque jour, sur tous ces fameux « médias », le discours du maitre ? Le chien Duhamel est bien au chaud dans la caravane.

Autre constat : depuis qu’il est à l’abri dans les palais dorés de ses protecteurs, le chien de garde devient hargneux et prêt à mordre celui qui ne plie pas l’échine. Ainsi voit-on  le journaliste Pujadas sur France 2 s’adresser à un délégué syndical d’une entreprise menacée de fermeture, pour l’inviter fermement à faire cesser les « violences » dont les patrons seraient victimes. De même voit-on le « porte flingue » Calvi, sur une autre chaine, se mettre en colère contre un jeune invité issu du monde des banlieues qui refusait de condamner la révolte de ses compatriotes. Le chien ne chante plus contre la caravane. Promu chien de garde, il mord ceux qui chercheraient noise à son patron.

Mais je ne vais pas tout vous raconter. A vous d’aller voir le film et de juger.

Ce qu’on peut cependant souligner, c’est que cette pertinente critique des journalistes repose sur leur attachement sans faille au monde des pouvoirs en place. Cette soumission, cette servilité du dogue ou du caniche bien dressé, non seulement en fait des porte voix, voire des porte flingues de leurs supérieurs, mais fait qu’ils s’enrôlent volontairement dans les milices politico patronales, et, ce faisant, en multiplient la force. Leur engagement dans le camp des « Dominants », dirait Bourdieu, en fait des ennemis de la justice d’autant plus pervers qu’ils déploient tout leur arsenal de décervelage et d’abêtissement de la Société.
 
Le combat pour recréer un monde journalistique honnête qui semble être proposé dans ce film, ne peut pas se limiter aux médias. Il est, sans aucun doute, étroitement lié à la bataille globale contre l’organisation capitaliste du Monde. Et, si l’on regarde le moment présent, celui de la propagande sinistre pour la fête  de la « Souveraineté Populaire » du mois de mai 2012, le rôle de ces chiens de garde est particulièrement néfaste. Car leur pitance est en jeu. Il faut conduire la foule habilement décervelée par leurs soins, à l’abattoir votatoire. Il leur faut un chef. Sinon, qui garder, quoi manger ? Alors, ils battent le tambour. Allez choisir, comme nous, un maître, ancien ou nouveau, peu importe. Pour nous, la gamelle est toujours fournie. Quant à vous, Peuple souverain, contentez-vous des restes. Et surtout, n’incommodez pas, par vos criailleries, ceux qui, généreusement nous offrent pitance. De toutes façons, ne vous faites pas de mouron. Comme dit l’autre, si les élections devaient changer quoi que ce soit, il y a fort longtemps qu’elles seraient interdites. Nos candidats, anciens ou futurs précepteurs, sont tous d’accord pour faire du bon Capitalisme. Dur ou mou, mais « Capital ». Vous avez vu en Grèce, cet automne. Quant les politiques, ces « strawmen »(1), comme dirait Bourdieu, ont voulu interroger le populo par référendum, avec risque de mordiller les mollets du Capital, on les a fait rentrer dans leurs tanières, ces révoltés hellènes qui aujourd’hui crèvent de faim. Rassurez-vous. Nous n’aurons pas à parler de « Chaos », comme Libé, à l’époque. Rien ne changera. Nous n’écrirons pas, comme notre collègue, chien de garde au journal « Le   Monde » : « …imagine-t-on un peuple accepter unanimement une purge aussi violente » et nous ne dirons pas que chez les peuples mécontents l’exercice de la souveraineté populaire est la pire des choses. (2))


ENVOI:

A peine de renoncer à être, à être soi, à être homme, à être journaliste, il faut faire face. Celui qui vit et donc  se révolte, dit Camus, est celui qui se retourne se dresse et fait face. C’est bien dans ce face à face avec ce qui l’entoure, ce d’où il sort, la Société, que l’individu se construit. C’est dans ce milieu ou il baigne qu’il développe sa propre capacité d’agir, exerce sa volonté personnelle, prend la mesure de sa force, exerce son esprit critique. C’est dans ce face à face, ce va et vient permanent qu’il apprendra à maîtriser les outils nécessaires à la compréhension de la Société qu’il affronte et de son propre rôle dans les conflits qui agitent ce monde. Et, pour celui qui se refuse à n’être qu’un chien de garde, l’appropriation de son métier de journaliste.

AZ  Mars 2012

(1) hommes de paille
(2) voir «  www.lesnouveauxchiens de garde.com